dimanche 10 juin 2018

RIP Anthony Bourdain


Quasi-inconnu en France, Anthony Bourdain était un globe-trotter et surtout un globe-fooder. D'abord chef lui-même, sa passion l'a ensuite amené à voyager dans le monde entier pour découvrir d'autres cultures et d'autres lifestyles à travers les cuisines locales. Curieux insatiable (au propre comme au figuré), ses émissions télé No Reservations, The Layover et surtout Parts Unknown (dans l'épisode sur le Vietnam il avait réussi à convaincre Barack Obama, alors POTUS, de venir partager avec lui un Bun Cha dans un boui-boui à Hanoï, tous les deux assis sur des tabourets en plastique minuscules, Bourdain enseignant à Obama l'art du "slurp" pour manger les nouilles) avaient fait de lui un véritable ambassadeur culturel et de nous des fans assidus.

Anthony Bourdain s'est suicidé vendredi, à Strasbourg où il tournait la nouvelle saison de Parts Unknown. Il avait 61 ans. Bien sûr je ne le connaissais pas personnellement mais j'adorais le personnage (et quel personnage !), son approche des voyages, de la bouffe et, malgré tout, de la vie. Et cette voix... 


RIP Tony, we miss you already.

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mardi 13 février 2018

Critique du livre "D'autres vies que la mienne" d'Emmanuel Carrère

Genre: la vie ne vaut rien, rien ne vaut la vie (note: ***/****)


Premier livre que je lis de cet auteur, conseillé par une de mes meilleures amies, j'y suis entrée sans a priori.

La quatrième de couverture donne le ton : deux morts inacceptables (celle d'une fillette de 4 ans et celle d'une jeune femme de 33 ans qui portaient, coïncidence singulière, le même prénom) à quelques mois d'intervalle. Les deux fois, l'auteur est présent, témoin impuissant, inutile. Inutile ? Peut-être pas.

D'un côté, le grand-père de la fillette lui demande d'écrire leur histoire, de l'autre, Emmanuel Carrère décide de lui-même d'écrire aussi celle de la jeune femme (sa belle-soeur). Le résultat est brutal, plein de vie, à la fois sidérant comme peut l'être le deuil et stimulant comme sait l'être la vie. Car grâce (peut-on dire grâce dans ces cas-là ?) à la mort de sa belle-soeur, Emmanuel Carrère rencontre un homme d'exception, bousculé par la vie mais en vie, debout, honnête, brut, minéral, qui va lui raconter sa vie et celle de la jeune femme.

Tous deux juges au tribunal d'instance, en charge des cas de surendettement. Plongée dans le malheur ordinaire des pauvres gens qui ne savent pas, ou ne veulent pas, ou n'ont pas d'autre choix que de ne pas lire les toutes petites lignes de leur contrat de crédit revolving... Ces lignes qui, c'est écrit, deux ans plus tard vont les assomer, les démunir, leur faire vivre l'enfer.

L'écriture de ces histoires fut pour Emmanuel Carrère une catharsis car elle a ouvert devant lui un avenir différent de celui auquel il se préparait. Pour le lecteur, c'est un récit souvent choc car il n'enrobe pas le drame de rose bonbon et appelle les choses par leur vrai nom, mais en le refermant, on reste un instant silencieux, la main accrochée au livre comme à une bouée, le temps de reprendre ses esprits, le temps que les cordes vocales se dénouent. Mais très vite après vient l'envie, cette putain d'envie de vivre. Vivre, tout simplement.
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dimanche 28 janvier 2018

Critique du livre "Les heures souterraines" de Delphine de Vigan

Genre: des maux en trop (note: **/****)


J’ai passé la majeure partie de mon dimanche après-midi à lire ce livre d’une traite. Cela faisait bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé...

J’aime décidément beaucoup Delphine de V. Elle a encore réussi à m’emmener dans cette histoire ou plutôt ces deux histoires parallèles : un cas de harcèlement moral en entreprise et une histoire d’amour non réciproque. Son écriture est simple et sobre, sans en faire trop elle met des mots sur les maux ordinaires de nos sociétés déshumanisées.

Mention spéciale à une scène hallucinante entre un médecin appelé en urgence et un grand patron de cabinet de conseil dans son « corner office »...

Seul bémol : j’avoue avoir été un tout petit peu déçue par la fin.
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samedi 18 novembre 2017

Critique du livre "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates"

Genre: Dear Juliet (note: **/****)

Titre original : The Guernsey literary  and potato peel pie society
écrit par Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
(publié aux USA en 2008)



Nous sommes juste après la seconde guerre mondiale et Juliet Ashton, jeune chroniqueuse londonienne d'un quotidien britannique, découvre l'existence d'un petit groupe d'irréductibles résistants anglais, amateurs de littérature, sur l'île de Guernesey. Elle commence avec chacun d'eux une relation épistolaire qui finira par la conduire sur place et changera sa vie pour toujours.

Lorsque j'ai commandé ce livre (pas sur Amazon, je précise, car je boycotte Amazon), chaudement recommandé lors de notre première réunion par la fondatrice du cercle littéraire donc je fais partie depuis peu, je ne savais pas que c'était une oeuvre épistolaire. Légère déception à la réception de l'ouvrage car j'avoue que je ne suis pas fan du genre. Et d'ailleurs, je dois admettre que le démarrage de ma lecture fut quelque peu... laborieux. Beaucoup d'échanges de lettres un peu plats entre Juliet et les insulaires, entre Juliet et son éditeur, entre Juliet et la soeur de son éditeur - qui est aussi sa meilleure amie, les vagues prémices d'une histoire d'amour improbable entre Juliet et un riche jeune homme un tantinet arrogant qui pense encore (nous sommes en 1946) que les femmes doivent se contenter d'être jolies et se taire. Bref, je me disais ça ne va pas le faire.

Et puis à peu près au milieu du livre, Juliet a la bonne idée de se rendre sur l'île pour aller à la rencontre de ces gens pour lesquels elle s'est prise d'affection et là, tout commence. Une autre héroïne passe au premier plan, Elizabeth McKenna, une jeune résistante qui a eu la mauvaise idée de tomber amoureuse d'un soldat allemand. Elizabeth prend vie dans les témoignages de ses amis et voisins de Guernesey, Juliet s'investit de plus en plus dans cette histoire et... moi aussi.

Le livre, bien qu'ayant été écrit en 2008, sent bon la naphtaline. Le style est à l'ancienne, élégant et tout en retenue, les personnages sont croqués avec beaucoup de tendresse et surtout, bien qu'elle raconte une période de l'histoire particulièrement lugubre, Mary Ann Shaffer le fait avec énormément d'humour, un humour très fin et souvent inattendu. Le livre est signé à quatre mains car Mary Ann est tombée malade sur la fin de son écriture et c'est sa nièce, Annie Barrows, qui a pris la relève pour achever de raconter cette très jolie histoire.

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mardi 3 octobre 2017

Critique du livre "L'herbe des nuits"


Premier livre que je lis de Modiano...

Il trônait dans ma bibliothèque depuis cinq ans (!) sans que je ne me décide à l'ouvrir. Faut dire que Modiano c'est un monument de la littérature française, un prix Nobel rien que ça, on ne l'aborde pas comme n'importe quel écrivain. Peut-être que c'est ça qui a biaisé ma lecture, se dire que c'est Modiano quoi quand même, s'attendre à être renversée d'émotions, submergée de sensations, époustouflée de style et au final...

Au final, il nous promène dans les rues d'un Paris du début des années soixante, sorte de voyage en amnésie du temps où il fréquentait l'hôtel Unic de Montparnasse et sa faune : des gars et une fille plus ou moins louches logeant jadis à la cité universitaire. Toutes ces descriptions de quartiers m'ont fait penser aux (mauvaises) critiques du premier roman de Mazarine Pingeot (que je n'ai pas lu, je préfère le mentionner) et à force j'ai trouvé ça un peu ridicule. L'herbe des nuits est empreint d'une énorme nostalgie, j'avoue avoir eu du mal à m'en imprégner, on ne peut pas dire qu'il se passe réellement quelque chose. L'auteur écrit à la première personne et se remémore le passé comme on feuillette un album de vieilles photos jaunies. Il y a eu mort d'homme mais on ne sait pas vraiment pourquoi, une histoire vraie de faux papiers mais on ne sait pas vraiment pourquoi, un lien plus ou moins établi avec le Maroc mais on ne sait pas vraiment pourquoi, une menteuse pathologique mais... Ce livre est une sorte de promenade nocturne dans le brouillard des nuits parisiennes.

Pendant toute ma lecture, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir la chanson de Vincent Delerm dans la tête ("c'est le soir où, près du métro, nous avons croisé Modiano..."). J'aime beaucoup la chanson de Delerm. Pour ce qui est de ce livre, je ne sais pas. Il sait créer une atmosphère, ça c'est sûr, mais il n'a pas vraiment réussi à m'emmener.
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mercredi 10 mai 2017

Et maintenant, Monsieur Macron ?

Cher Monsieur le Président,

Je vous le dis tout net : j'ai voté pour vous. Pour autant, je n'ai pas célébré votre victoire.

J'ai suivi votre campagne, je me suis enthousiasmée pour vous, j'ai même fait un peu de prosélytisme Facebookien pour vous, bref mis à part prendre ma carte au parti, on peut dire que je me suis investie dans cette campagne, votre campagne, comme jamais. Pour autant, dimanche 7 mai à 20 heures, lorsque votre image est apparue sur l'écran de ma télévision à côté du chiffre 65, je n'ai pas sauté de joie. Parce qu'à côté de la vôtre, se tenait une autre image, beaucoup moins agréable celle-là, d'une femme blonde au sourire crispé (et crispant) agrémentée du chiffre 35. Depuis, votre chiffre a un peu monté, le sien un peu baissé, mais reste que plus de 10 millions de français ont voté pour ce qu'elle représente - ou contre vous.

Je n'ai pas sauté de joie, non, je suis simplement allée sur ma page Facebook et j'ai écrit un mot, un seul : ENSEMBLE.

Je n'ai pas sauté de joie pour mon nouveau président, que j'ai contribué à faire élire. Pourtant j'ai trouvé vos deux discours très bien, j'ai trouvé aussi très bien votre entrée sur la place du Louvre (très Mitterrandienne même si je n'étais pas fan de Mitterrand), très solennelle, très grave, très étoffe de la fonction. Le président "normal" est mort (enfin !), vive le président extra-ordinaire, au sens propre. Il était temps. Ces histoires de président normal m'ont toujours profondément agacée. A force de rabaisser l'homme et la fonction, pas étonnant que tous ces politicards de gauche comme de droite finissent par être en-dessous de tout. Mon président je le veux au-dessus de la mêlée, au-dessus de tout, sauf des lois. Je le veux grand, je le veux intelligent, je le veux inspirant, je le veux travailleur, positif, engagé, persévérant, visionnaire, cultivé. Je le veux respectueux mais je le veux aussi commandant le respect par ses actes et par ses mots. Tout cela, vous semblez l'être. Nous verrons ce que vous ferez.

Je crois en vous, Monsieur le Président Macron. Je crois en votre pugnacité, en votre tenacité, en votre courage, en votre détermination. Parce qu'à un jeune homme de 15 ans qui tombe amoureux de sa professeure au lycée - de près de 25 ans son aînée - et qui, envers et contre tout, envers et contre tous, réussit à la séduire et à construire avec elle un couple solide qui dure encore 25 ans plus tard et fait d'elle la première dame de France et de lui-même le plus jeune président de la Ve république, il est clair que ces qualités ne manquent pas. Quel destin !

Oui, je crois en vous Monsieur le Président Macron et tout ce que je vous souhaite maintenant c'est de continuer à positiver, de retrousser vos manches pour relever tous nos défis et de réussir. Vous avez cinq ans. Cinq ans pour remettre la France en marche : dans les usines et les entreprises, dans les hôpitaux et les administrations, à l'assemblée nationale, dans les villes et les campagnes, comme sur les bancs de l'école. Cinq ans pour redorer le blason de notre vie politique abîmée par des décennies d'abus et recel en tous genres par des hommes et des femmes qui se croient au-dessus des lois et s'en mettent plein les poches en même temps qu'ils demandent à ceux qu'ils sont censés servir de se serrer toujours un peu plus la ceinture. Cinq ans pour donner le meilleur de vous-même, le meilleur de la France, ce si beau pays, et faire comprendre aux français qu'en travaillant dur, qu'en donnant le meilleur d'eux-mêmes, ils peuvent réussir. Cinq ans pour remettre l'éducation et l'apprentissage au coeur et à la base de tout car apprendre ce n'est pas simplement aquérir un savoir, c'est développer son cerveau, ouvrir son esprit, être curieux, comprendre, savoir prendre des risques, devenir la meilleure version de ce que l'on est. Cinq ans pour rayer le Front National de la carte et convaincre ses militants/adhérents/partisans de revenir du bon côté de la force.

Inspiré par Mark Twain, vous l'avez dit vous-même : "Ils nous avaient dit que c'était impossible... mais ils ne connaissaient pas la France !". Rien n'est impossible et vous nous l'avez démontré. Mais ce n'était que le début, la partie la plus facile du chemin. Le plus dur reste à faire. Vous pouvez le faire. Vous devez le faire. J'ai l'audace de croire en vous, l'audace de l'espoir.

"Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait"
Mark Twain

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dimanche 30 avril 2017

Younger

Genre : 40 is the new 26 (note: ***/****)


Série US - 2015
Créée par Darren Star
Avec Sutton Foster, Hilary Duff, Debi Mazar, Miriam Shor, Nico Tortorella, Peter Hermann, Molli Bernard, etc.

Le postulat de départ est hautement invraisemblable mais on s'en fout parce que tout le reste est top !

Liza a 40 ans, un mari, une fille, une maison dans le New Jersey mais plus de carrière depuis vingt ans. Le mari parti avec une autre, la fille à l'autre bout du monde, Liza emménage à Brooklyn chez sa meilleure amie et se remet sur le marché du travail, où elle découvre bien vite que son âge est un sérieux handicap. Un malentendu dans un bar avec un millenial dragueur et sexy lui donne une idée vieille comme le monde : mentir sur son âge. Et ça marche ! Elle décroche en même temps un job dans une maison d'édition de Manhattan et le coeur du millenial. Ainsi commence pour elle une nouvelle vie d'aventures et... de mensonges.

Après Sex & the City, Darren Star nous aura bien fait poireauter avant de nous offrir une autre série de qualité ! Mais on ne lui en veut pas car qualité ici il y a, à tous les étages : l'écriture est pleine d'esprit, vive comme un tweet et profonde comme un traité de philosophie. Les actrices sont géniales, les acteurs ditto, tout le monde est beau à tomber. New York est toujours aussi photogénique et, question garde-robe, Liza Miller n'a pas grand chose à envier à Carrie Bradshaw (merci Patricia Field !).

Mais Younger c'est bien plus que ça. Younger parle d'amour, d'amitié, de carrière et de fossé générationnel (ou pas). L'amitié entre Liza et sa BFF/coloc lesbienne Maggie (Debi Mazar, formidable) est profonde et réaliste. C'est une amitié comme on en rêverait toutes : sincère, sans jugement, qui donne et n'attend rien en retour. Une amitié à la "Parce que c'était elle, parce que c'était moi".

Côté acteurs : Sutton Foster est tout simplement géniale (et une vraie découverte pour moi). Plus familière des planches de Broadway que des plateaux de séries télé, sa formation théâtrale lui permet de jouer de son corps (de rêve !) et de sa voix. Ses grimaces/mimiques sont impayables. Elle est parfaite. Hilary Duff qui joue sa collègue de travail devenue amie est d'un naturel impeccable. Miriam Shor, sa boss directrice Marketing, est sensationnelle en businesswoman quadra coincée qui veut réussir, hyper compétente, très pro, parfois maladroite, dotée d'un humour cynique qui cache un coeur d'or. Mention spéciale à Mollie Bernard, formidable en PR survoltée, déjantée, croquant la vie à belles dents et que rien ne semble perturber.

Quant à la cerise sur le gateau, elle est double : à ma gauche Nico Tortorella (#teamJosh), jeune, sexy, une allure de bad boy mais un coeur pur qu'il cache sous des tatouages faits maison ; à ma droite Peter Hermann (#teamCharles - accessoirement monsieur Mariska Hargitay à la ville), 1m95 de charme et d'élégance, un sourire et un regard bleu acier à tomber. Entre les deux, le coeur de Liza balance.

Chaque épisode de Younger c'est un concentré (20 minutes à peine) de charme, de peps, d'optimisme et de bonne humeur. Hautement addictif mais à regarder sans modération.
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Vivement le 28 juin pour la saison 4 !
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