mercredi 13 mars 2019

Critique du livre "An American Marriage" de Tayari Jones

Genre : She's so lovely (note: **/****)


Roy et Celestial, deux jeunes trentenaires afro-américains mariés depuis à peine plus d'un an, voient leur vie bouleversée lorsque Roy se retrouve accusé d'un crime qu'il n'a pas commis. Puis condamné, forcément, car nous sommes dans le sud profond des Etats-Unis où la couleur de peau noire est déjà une condamnation. Condamné à 12 ans de prison. Au-delà de la couleur de peau, l'histoire se penche surtout sur une question centrale : comment un couple aussi jeune peut-il survivre à une catastrophe pareille ?

Ce qui m'a marquée d'entrée c'est la qualité de l'écriture (le livre est écrit à la première personne). Le style est élégant, fluide, les dialogues sont profonds et réalistes. La structure du livre alterne des passages épistolaires pendant l'incarcération de Roy et des chapitres reprenant les points de vue des personnages principaux : Roy raconte ce qu'il se passe pour lui, c'est ensuite au tour de sa femme Celestial, puis intervient parfois un ami du couple, André, qui va jouer un rôle prépondérant dans leur existence.

Et bien sûr, il y a l'histoire. Tragique. Comment une condamnation injuste et imméritée vient bouleverser deux familles et fracasser la vie et l'avenir d'un jeune couple, car ce n'est pas seulement la vie de Roy qui est détruite mais celle de Celestial qui s'arrête net aussi. Douze ans de séparation alors qu'ils n'étaient mariés que depuis quelques mois. Douze ans quand on en a à peine 30 ans, ça balaye d'un seul coup de marteau tous les projets d'une vie "normale" : avenir professionnel, enfants, parents, amis.

On vibre avec Roy, on compatit avec Celestial. Les émotions sont là, il y en a plein et on les ressent dans son ventre : la colère, la frustration, l'injustice, la compassion, la peine, la tristesse. Au fil de la lecture, je me suis demandée si ces deux-là trouveraient leur paix et pourraient se retrouver sur le même chemin. Au final, ils retrouvent un chemin, sans doute le seul possible pour eux. Pas nécessairement celui que je leur souhaitais, moi, mais probablement le seul réellement possible.

"L'avenir n'est jamais que du présent à mettre en ordre.
Tu n'as pas à le prévoir mais à le permettre"
- Antoine de Saint Exupéry
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dimanche 3 mars 2019

A star is born 2018

Genre: re-re-remake (note: */****)


Réal. Bradley Cooper
Avec Lady Gaga, Bradley Cooper, Sam Elliott, Rafi Gavron, Ron Rifkin, etc.

Je n'y étais pas allée à sa sortie parce que, pour moi, A Star is Born c'est Barbra Streisand et Kris Kristofferson. Point barre.

Je sais bien qu'avant eux il y a eu Judy Garland et James Mason (en 1954) et qu'avant eux encore il y a eu Janet Gaynor et Fredric March (en 1937) mais, principalement grâce à la bande originale, de mon point de vue la version de 1976 est la meilleure.

Et puis la semaine dernière, comme plusieurs millions de téléspectateurs, j'ai vu ça et là, je me suis dit que finalement le film méritait peut-être un petit visionnage.

Même si j'ai été agréablement surprise par la réalisation de Bradley Cooper et le jeu très naturel de Lady Gaga, à quelques détails près le film se contente de reprendre quasi scène par scène la version de 1976. Hélas Bradley Cooper n'a pas le charisme animal du rôle (celui d'un Kris Kristofferson qui exsudait la testostérone par tous les pores de sa peau). Ici, Sam Elliott dégage plus de profondeur, dans le rôle de son frère, que lui. Lady Gaga, si elle s'en sort plutôt pas mal dans son premier rôle au cinéma, n'a ni le talent d'actrice, ni ce mélange de force et de fragilité, et - plus grave - certainement pas la voix unique de Barbra Streisand.

A aucun moment dans le film je n'ai retrouvé entre Bradley Cooper et Lady Gaga cette alchimie, cette magie, ce moment en apesanteur que fut leur performance aux Oscars.

Quant à la bande son, à part "Shallow" qui est une pépite à vous filer des frissons le long de l'épine dorsale, les autres chansons sont quelconques.

Dommage.
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samedi 23 février 2019

The Wife

Genre: I want to thank my wife (note: */****)


Réal. Björn Runge
Avec Glenn Close, Jonathan Pryce, Christian Slater, Max Irons, Harry Lloyd, Annie Starke, etc
Scénario de Jane Anderson d'après le roman de Meg Wolitzer

Joe Castleman, romancier américain de talent, se rend avec son épouse Joan à Stockholm pour y recevoir le prix Nobel de littérature. Ce voyage, suivi par un écrivain ayant pour ambition d'écrire la biographie de Joe, va permettre au vieux couple de se pencher sur la vie qu'ils ont choisi de mener plus de 40 ans plus tôt.

Dès les premières minutes du film, on sent le loup. Est-ce la mise en scène ? Est-ce le sourire de Glenn Close, un peu trop figé et surtout totalement contredit par ses yeux ? Est-ce le comportement de son mari, flatté de l'honneur qu'on lui fait en lui attribuant un prix aussi prestigieux, et pourtant presque gêné de le recevoir ? Quelque chose cloche. Assez vite, on devine quoi.

Du coup, on se concentre sur le jeu de Glenn Close, croulant sous les récompenses et en bonne place pour rafler l'Oscar de la meilleure actrice dimanche soir (ce serait son premier malgré plusieurs nominations). Son jeu pour ce rôle mérite-t-il de décrocher la statuette ? De mon point de vue, non.

Certes le film se laisse voir, certes elle réussit à faire passer un certain nombre de choses de façon très subtile mais elle est particulièrement bien aidée par Christian Slater dans la meilleure scène du film. La meilleure performance de The Wife, c'est lui.

"Behind every great man is a woman rolling her eyes"
Jim Carrey
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mardi 19 février 2019

Critique du livre "La disparition de Josef Mengele" d'Olivier Guez


 Genre : Voyage en amnésie (note: **/****)



Un livre superbement écrit pour raconter l'histoire après-guerre d'un monstre absolu : le docteur Josef Mengele, l'ange de la mort du camp d'Auschwitz. Planqué en Amérique du Sud jusqu'à sa mort en 1979, Mengele a continué de vivre libre alors qu'il aurait dû pourrir au fond d'une cellule pour les crimes atroces qu'il a commis pendant la guerre.

Bien sûr, lui ne voyait pas où était le mal (pas facile de le voir quand il est à l'intérieur de soi ou qu'on a le nez dessus), il se considérait un médecin brillant au service d'une cause noble et plus grande que lui : la pureté de la race du IIIe Reich. A vomir.

"Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s'étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s'éclipse et des hommes reviennent propager le mal.
Puissent-ils rester loin de nous, les songes et les chimères de la nuit.
Méfiance, l'homme est une créature malléable, il faut se méfier des hommes
."

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samedi 26 janvier 2019

Critique du livre "On ne voyait que le bonheur" de Grégoire Delacourt

Genre : le verre à moitié (note: **/****)



J'avais lu deux livres de Delacourt ("la liste de mes envies" et "danser au bord de l'abîme") et les deux fois j'avais été très déçue. Alors lorsque j'ai reçu celui-ci pour Noël il y a deux ans, inutile de dire que je l'ai mis dans ma bibliothèque sans sauter un battement en le laissant gentiment prendre la poussière depuis. Et puis finalement, je me suis dit pourquoi pas, allez je le tente, je lui donne une troisième (!) chance.

Et là, à ma grande surprise, je me suis prise à accrocher dès les premières pages. Je ne retrouvais ici rien de ce que j'avais reproché à Delacourt précédemment, au contraire : une belle écriture, certes une histoire pas des plus gaies (un peu sa marque de fabrique) mais racontée sobrement sans cliché, certaines phrases sonnant si juste que je les annotais dans la marge (chose qui ne m'arrive jamais). Une histoire de famille ordinaire, en trois temps : le héros nous raconte son enfance, puis sa vie conjugale mais il parle de ces deux époques de loin, on comprend très vite qu'il les conjugue au passé. Il nous parle depuis un ailleurs géographique et temporel. De loin bien sûr, tout est plus beau, comme dans ces albums photos où tout le monde sourit même si, peut-être, cinq minutes ou deux secondes avant on se disputait, le petit dernier s'était pris une claque, mama avait fait cramé le gâteau ou tonton venait de perdre son emploi, mais sur la photo tout le monde sourit, tout le monde est beau, on ne voit que le bonheur comme dans les albums photos Facebook d'aujourd'hui...

Je poursuivais ma lecture tranquillement, de plus en plus séduite, émue, agacée parfois, mais tout se passait bien jusqu'à ce que j'arrive au milieu du livre et là, ah mais là j'ai cru que j'allais le jeter par la fenêtre. Une seule scène a suffit, une seule ligne même. J'ai refermé le livre et je me suis dit "Ah ça non, c'est pas possible, j'arrête !". Et je suis allée me coucher.

Et puis, les jours et la colère ont passé, j'ai repris ma lecture. Mais ce ne fut plus pareil. Peut-être est-ce fait exprès, peut-être Delacourt veut-il nous faire ressentir au plus profond de nos ventres l'histoire de son héros. J'ai réussi à aller jusqu'au bout, j'ai réussi à trouver au fond de moi un peu de compassion pour cet expert en assurances, ses blessures, ses lâchetés, ses erreurs, ses mauvaises réponses aux questions difficiles que la vie lui posait. Je l'ai accompagné jusqu'à sa rédemption, réelle et probablement méritée, mais malgré tout je garde un souvenir mitigé de cette lecture.



mercredi 21 novembre 2018

Le Bodyguard de la BBC

Attachez votre ceinture et prenez une grande respiration parce que vous allez passer les vingt premières minutes du premier épisode de cette super série de la BBC en apnée, collé à votre fauteuil, à 120 pulsations minutes. Le suspens commence là, dès la première scène, il va vous avaler tout crus pour vous recracher six épisodes plus tard, un peu sonnés mais enthousiastes.

Six épisodes d'un peu moins d'une heure pour retranscrire pour le petit écran (qui a ici tout du grand) l'histoire de David Budd, garde du corps de la Ministre britannique de l'Intérieur, en pleine période de menace terroriste. Casting impeccable, réalisation sans fioriture, je n'avais pas pris une aussi grosse claque télévisuelle depuis "The Night Manager", aussi produite par la BBC. Tiens, tiens...

Vous avez une heure devant vous et envisagez de visionner le premier épisode "pour voir" ? Prévoyez-en plutôt six car une fois lancés, vous ne pourrez plus vous arrêter.

PS: non non, ce bodyguard n'a rien à voir avec Whitney ou Kevin, rien du tout.


Bodyguard - Série UK en 6 épisodes (note : ***/****)
Créée par Jed Mercurio
Réalisée par Thomas Vincent (épisodes 1 à 3) et John Strickland (épisodes 4 à 6)
Avec Richard Madden, Keeley Hawes, Gina McKee, Nina Toussaint-White, Ash Tandon, Sophie Rundle, Paul Ready, Stephanie Hyam, etc.
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jeudi 15 novembre 2018

Critique du livre "L'autre qu'on adorait" de Catherine Cusset

Genre : lettre à l'absent (note: ***/****)


Thomas s'est suicidé. On l'apprend dans les deux premières pages. Il avait 39 ans. 39 ans c'est tôt, beaucoup trop tôt. Un suicide c'est violent, très violent, culpabilisant pour ceux qui restent, les proches, les amis, qui se demandent forcément s'ils auraient pu faire quelque chose pour éviter ça, ce qu'ils ont loupé, les signes ignorés, pas captés, la vie qui leur faisait tourner la tête du mauvais côté. Alors Catherine Cusset a écrit une longue lettre à son ami adoré, ancien amant quitté, héros suicidé. Un livre entier à la deuxième personne du singulier pour le faire vivre encore un peu.

Pourtant Thomas aurait pu réussir, avoir une belle vie, terminer de grandes études, continuer de séduire des femmes, profiter de ses amis, voyager, enseigner. Entre la France où il est né et les Etats-Unis où il part s'installer, un boulevard s'ouvre devant lui. Mais à chaque fois, près du but, quelque chose lâche. A chaque fois, il essaie et échoue. Oh the difference between nearly right and exactly right... Au fur et à mesure de ma lecture, je me suis dit "dis donc il a vraiment la scoumoune ce garçon ! Le sort s'acharne". Il se donne du mal, il bosse dur on se dit cette fois c'est bon, il va y arriver mais non, de nouveau c'est loupé, au dernier moment il dévie, il manque. C'est rageant, on s'énerve après lui, c'est pas possible quand même, il le fait exprès ou quoi ? Jusqu'au jour, jusqu'à la page où on comprend mieux.

Le livre de Catherine Cusset est un long voyage en amnésie, empreint d'une énorme nostalgie. Pour autant il n'est pas triste. J'ai aimé son style, alors que j'avais lu il y a une dizaine d'années un autre livre de cet autrice "Le problème avec Jane" qui m'était tombé des mains. Ici, elle cite copieusement Proust pour accompagner Thomas à la recherche du temps perdu jamais retrouvé, ponctue son récit de paroles de chansons (dont le titre) toujours justes et bien choisies.

En tournant la dernière page, bien sûr, on se demande si elle aurait pu sauver Thomas ? Non. Sans doute que non. Rien ne s'oppose à la nuit.

Tu aurais pu vivre encore un peu
Pour notre bonheur pour notre lumière
Avec ton sourire avec tes yeux clairs
Ton esprit ouvert ton air généreux

Tu aurais pu vivre encore un peu