mercredi 21 novembre 2018

Le Bodyguard de la BBC

Attachez votre ceinture et prenez une grande respiration parce que vous allez passer les vingt premières minutes du premier épisode de cette super série de la BBC en apnée, collé à votre fauteuil, à 120 pulsations minutes. Le suspens commence là, dès la première scène, il va vous avaler tout crus pour vous recracher six épisodes plus tard, un peu sonnés mais enthousiastes.

Six épisodes d'un peu moins d'une heure pour retranscrire pour le petit écran (qui a ici tout du grand) l'histoire de David Budd, garde du corps de la Ministre britannique de l'Intérieur, en pleine période de menace terroriste. Casting impeccable, réalisation sans fioriture, je n'avais pas pris une aussi grosse claque télévisuelle depuis "The Night Manager", aussi produite par la BBC. Tiens, tiens...

Vous avez une heure devant vous et envisagez de visionner le premier épisode "pour voir" ? Prévoyez-en plutôt six car une fois lancés, vous ne pourrez plus vous arrêter.

PS: non non, ce bodyguard n'a rien à voir avec Whitney ou Kevin, rien du tout.


Bodyguard - Série UK en 6 épisodes (note : ***/****)
Créée par Jed Mercurio
Réalisée par Thomas Vincent (épisodes 1 à 3) et John Strickland (épisodes 4 à 6)
Avec Richard Madden, Keeley Hawes, Gina McKee, Nina Toussaint-White, Ash Tandon, Sophie Rundle, Paul Ready, Stephanie Hyam, etc.
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jeudi 15 novembre 2018

Critique du livre "L'autre qu'on adorait" de Catherine Cusset

Genre : lettre à l'absent (note: ***/****)


Thomas s'est suicidé. On l'apprend dans les deux premières pages. Il avait 39 ans. 39 ans c'est tôt, beaucoup trop tôt. Un suicide c'est violent, très violent, culpabilisant pour ceux qui restent, les proches, les amis, qui se demandent forcément s'ils auraient pu faire quelque chose pour éviter ça, ce qu'ils ont loupé, les signes ignorés, pas captés, la vie qui leur faisait tourner la tête du mauvais côté. Alors Catherine Cusset a écrit une longue lettre à son ami adoré, ancien amant quitté, héros suicidé. Un livre entier à la deuxième personne du singulier pour le faire vivre encore un peu.

Pourtant Thomas aurait pu réussir, avoir une belle vie, terminer de grandes études, continuer de séduire des femmes, profiter de ses amis, voyager, enseigner. Entre la France où il est né et les Etats-Unis où il part s'installer, un boulevard s'ouvre devant lui. Mais à chaque fois, près du but, quelque chose lâche. A chaque fois, il essaie et échoue. Oh the difference between nearly right and exactly right... Au fur et à mesure de ma lecture, je me suis dit "dis donc il a vraiment la scoumoune ce garçon ! Le sort s'acharne". Il se donne du mal, il bosse dur on se dit cette fois c'est bon, il va y arriver mais non, de nouveau c'est loupé, au dernier moment il dévie, il manque. C'est rageant, on s'énerve après lui, c'est pas possible quand même, il le fait exprès ou quoi ? Jusqu'au jour, jusqu'à la page où on comprend mieux.

Le livre de Catherine Cusset est un long voyage en amnésie, empreint d'une énorme nostalgie. Pour autant il n'est pas triste. J'ai aimé son style, alors que j'avais lu il y a une dizaine d'années un autre livre de cet autrice "Le problème avec Jane" qui m'était tombé des mains. Ici, elle cite copieusement Proust pour accompagner Thomas à la recherche du temps perdu jamais retrouvé, ponctue son récit de paroles de chansons (dont le titre) toujours justes et bien choisies.

En tournant la dernière page, bien sûr, on se demande si elle aurait pu sauver Thomas ? Non. Sans doute que non. Rien ne s'oppose à la nuit.

Tu aurais pu vivre encore un peu
Pour notre bonheur pour notre lumière
Avec ton sourire avec tes yeux clairs
Ton esprit ouvert ton air généreux

Tu aurais pu vivre encore un peu

dimanche 10 juin 2018

RIP Anthony Bourdain


Quasi-inconnu en France, Anthony Bourdain était un globe-trotter et surtout un globe-fooder. D'abord chef lui-même, sa passion l'a ensuite amené à voyager dans le monde entier pour découvrir d'autres cultures et d'autres lifestyles à travers les cuisines locales. Curieux insatiable (au propre comme au figuré), ses émissions télé No Reservations, The Layover et surtout Parts Unknown (dans l'épisode sur le Vietnam il avait réussi à convaincre Barack Obama, alors POTUS, de venir partager avec lui un Bun Cha dans un boui-boui à Hanoï, tous les deux assis sur des tabourets en plastique minuscules, Bourdain enseignant à Obama l'art du "slurp" pour manger les nouilles) avaient fait de lui un véritable ambassadeur culturel et de nous des fans assidus.

Anthony Bourdain s'est suicidé vendredi, à Strasbourg où il tournait la nouvelle saison de Parts Unknown. Il avait 61 ans. Bien sûr je ne le connaissais pas personnellement mais j'adorais le personnage (et quel personnage !), son approche des voyages, de la bouffe et, malgré tout, de la vie. Et cette voix... 


RIP Tony, we miss you already.

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mardi 13 février 2018

Critique du livre "D'autres vies que la mienne" d'Emmanuel Carrère

Genre: la vie ne vaut rien, rien ne vaut la vie (note: ***/****)


Premier livre que je lis de cet auteur, conseillé par une de mes meilleures amies, j'y suis entrée sans a priori.

La quatrième de couverture donne le ton : deux morts inacceptables (celle d'une fillette de 4 ans et celle d'une jeune femme de 33 ans qui portaient, coïncidence singulière, le même prénom) à quelques mois d'intervalle. Les deux fois, l'auteur est présent, témoin impuissant, inutile. Inutile ? Peut-être pas.

D'un côté, le grand-père de la fillette lui demande d'écrire leur histoire, de l'autre, Emmanuel Carrère décide de lui-même d'écrire aussi celle de la jeune femme (sa belle-soeur). Le résultat est brutal, plein de vie, à la fois sidérant comme peut l'être le deuil et stimulant comme sait l'être la vie. Car grâce (peut-on dire grâce dans ces cas-là ?) à la mort de sa belle-soeur, Emmanuel Carrère rencontre un homme d'exception, bousculé par la vie mais en vie, debout, honnête, brut, minéral, qui va lui raconter sa vie et celle de la jeune femme.

Tous deux juges au tribunal d'instance, en charge des cas de surendettement. Plongée dans le malheur ordinaire des pauvres gens qui ne savent pas, ou ne veulent pas, ou n'ont pas d'autre choix que de ne pas lire les toutes petites lignes de leur contrat de crédit revolving... Ces lignes qui, c'est écrit, deux ans plus tard vont les assomer, les démunir, leur faire vivre l'enfer.

L'écriture de ces histoires fut pour Emmanuel Carrère une catharsis car elle a ouvert devant lui un avenir différent de celui auquel il se préparait. Pour le lecteur, c'est un récit souvent choc car il n'enrobe pas le drame de rose bonbon et appelle les choses par leur vrai nom, mais en le refermant, on reste un instant silencieux, la main accrochée au livre comme à une bouée, le temps de reprendre ses esprits, le temps que les cordes vocales se dénouent. Mais très vite après vient l'envie, cette putain d'envie de vivre. Vivre, tout simplement.
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dimanche 28 janvier 2018

Critique du livre "Les heures souterraines" de Delphine de Vigan

Genre: des maux en trop (note: **/****)


J’ai passé la majeure partie de mon dimanche après-midi à lire ce livre d’une traite. Cela faisait bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé...

J’aime décidément beaucoup Delphine de V. Elle a encore réussi à m’emmener dans cette histoire ou plutôt ces deux histoires parallèles : un cas de harcèlement moral en entreprise et une histoire d’amour non réciproque. Son écriture est simple et sobre, sans en faire trop elle met des mots sur les maux ordinaires de nos sociétés déshumanisées.

Mention spéciale à une scène hallucinante entre un médecin appelé en urgence et un grand patron de cabinet de conseil dans son « corner office »...

Seul bémol : j’avoue avoir été un tout petit peu déçue par la fin.
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samedi 18 novembre 2017

Critique du livre "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates"

Genre: Dear Juliet (note: **/****)

Titre original : The Guernsey literary  and potato peel pie society
écrit par Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
(publié aux USA en 2008)



Nous sommes juste après la seconde guerre mondiale et Juliet Ashton, jeune chroniqueuse londonienne d'un quotidien britannique, découvre l'existence d'un petit groupe d'irréductibles résistants anglais, amateurs de littérature, sur l'île de Guernesey. Elle commence avec chacun d'eux une relation épistolaire qui finira par la conduire sur place et changera sa vie pour toujours.

Lorsque j'ai commandé ce livre (pas sur Amazon, je précise, car je boycotte Amazon), chaudement recommandé lors de notre première réunion par la fondatrice du cercle littéraire donc je fais partie depuis peu, je ne savais pas que c'était une oeuvre épistolaire. Légère déception à la réception de l'ouvrage car j'avoue que je ne suis pas fan du genre. Et d'ailleurs, je dois admettre que le démarrage de ma lecture fut quelque peu... laborieux. Beaucoup d'échanges de lettres un peu plats entre Juliet et les insulaires, entre Juliet et son éditeur, entre Juliet et la soeur de son éditeur - qui est aussi sa meilleure amie, les vagues prémices d'une histoire d'amour improbable entre Juliet et un riche jeune homme un tantinet arrogant qui pense encore (nous sommes en 1946) que les femmes doivent se contenter d'être jolies et se taire. Bref, je me disais ça ne va pas le faire.

Et puis à peu près au milieu du livre, Juliet a la bonne idée de se rendre sur l'île pour aller à la rencontre de ces gens pour lesquels elle s'est prise d'affection et là, tout commence. Une autre héroïne passe au premier plan, Elizabeth McKenna, une jeune résistante qui a eu la mauvaise idée de tomber amoureuse d'un soldat allemand. Elizabeth prend vie dans les témoignages de ses amis et voisins de Guernesey, Juliet s'investit de plus en plus dans cette histoire et... moi aussi.

Le livre, bien qu'ayant été écrit en 2008, sent bon la naphtaline. Le style est à l'ancienne, élégant et tout en retenue, les personnages sont croqués avec beaucoup de tendresse et surtout, bien qu'elle raconte une période de l'histoire particulièrement lugubre, Mary Ann Shaffer le fait avec énormément d'humour, un humour très fin et souvent inattendu. Le livre est signé à quatre mains car Mary Ann est tombée malade sur la fin de son écriture et c'est sa nièce, Annie Barrows, qui a pris la relève pour achever de raconter cette très jolie histoire.

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mardi 3 octobre 2017

Critique du livre "L'herbe des nuits"


Premier livre que je lis de Modiano...

Il trônait dans ma bibliothèque depuis cinq ans (!) sans que je ne me décide à l'ouvrir. Faut dire que Modiano c'est un monument de la littérature française, un prix Nobel rien que ça, on ne l'aborde pas comme n'importe quel écrivain. Peut-être que c'est ça qui a biaisé ma lecture, se dire que c'est Modiano quoi quand même, s'attendre à être renversée d'émotions, submergée de sensations, époustouflée de style et au final...

Au final, il nous promène dans les rues d'un Paris du début des années soixante, sorte de voyage en amnésie du temps où il fréquentait l'hôtel Unic de Montparnasse et sa faune : des gars et une fille plus ou moins louches logeant jadis à la cité universitaire. Toutes ces descriptions de quartiers m'ont fait penser aux (mauvaises) critiques du premier roman de Mazarine Pingeot (que je n'ai pas lu, je préfère le mentionner) et à force j'ai trouvé ça un peu ridicule. L'herbe des nuits est empreint d'une énorme nostalgie, j'avoue avoir eu du mal à m'en imprégner, on ne peut pas dire qu'il se passe réellement quelque chose. L'auteur écrit à la première personne et se remémore le passé comme on feuillette un album de vieilles photos jaunies. Il y a eu mort d'homme mais on ne sait pas vraiment pourquoi, une histoire vraie de faux papiers mais on ne sait pas vraiment pourquoi, un lien plus ou moins établi avec le Maroc mais on ne sait pas vraiment pourquoi, une menteuse pathologique mais... Ce livre est une sorte de promenade nocturne dans le brouillard des nuits parisiennes.

Pendant toute ma lecture, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir la chanson de Vincent Delerm dans la tête ("c'est le soir où, près du métro, nous avons croisé Modiano..."). J'aime beaucoup la chanson de Delerm. Pour ce qui est de ce livre, je ne sais pas. Il sait créer une atmosphère, ça c'est sûr, mais il n'a pas vraiment réussi à m'emmener.
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