dimanche 21 février 2021

Critique du livre "Les Choses Humaines" de Karine Tuil

Genre : le droit d'importuner ? (note: **/****)


Troisième livre que je lis de cette autrice (après « L’insouciance » et « L’invention de nos vies ») et de nouveau elle m’a emballée.
Son style est sobre, parfois simple, pour raconter des histoires compliquées. Des histoires d’aujourd’hui, ancrées dans nos sociétés modernes mal en point. Ici elle s’attaque à un sujet brûlant et très actuel : le consentement à un acte sexuel, période #metoo. Et ce n’est pas simple.
Décalage de milieu, décalage de style et de niveau de vie entre l’accusatrice (la victime ?) et l’accusé. Deux vies basculent. La première partie du livre est assez classique, mais dans la seconde le procès est superbement rendu.
Qu’est-ce qui constitue le consentement, ou plutôt l’absence de consentement et donc un viol caractérisé ? Selon la morale ou selon la loi ? Est-ce uniquement un « non » clair et net, exprimé / verbalisé fermement ? Est-il toujours possible de le verbaliser ? Karine Tuil pose remarquablement la question et, dans les dernières pages du livre, y apporte une réponse... à donner froid dans le dos.

F/.

samedi 23 janvier 2021

Critique de la série danoise "The Investigation"

Genre : c'est le Nord (note : ***/****)


Elle s’appelait Kim Wall. C’était une journaliste suédoise indépendante. Elle est morte à 30 ans, assassinée par un Géotrouvetou danois qu’elle était venue interviewer, à bord d’un sous-marin artisanal qu’il avait construit.

Cette superbe série danoise suit l’enquête minutieuse incroyable de la police danoise. Un flic taciturne qui ne lache rien, son équipe jeune, dédiée, déterminée et des plongeurs de la marine nationale extraordinaires finiront par faire tomber l’assassin. Son nom ? Pas une fois il n’est prononcé dans les six épisodes. Volontairement. Parce que le héros de cette histoire (vraie), ce n’est pas lui. Les héros ce sont Kim Wall, ses parents et l’équipe de police.

F/.

lundi 17 août 2020

Critique du livre "Le Comte de Monte-Cristo" d'Alexandre Dumas

Genre : la vengeance est un plat qui se mange froid (note : ****/****)

Quelle nostalgie de quitter Edmond Dantès !

Quel bonheur d’avoir passé ces deux dernières semaines dans les plis de son âme, dans les recoins de son esprit, dans la finesse de son implacable vengeance. Que d’émotions suscitées par l’écriture sublime de Dumas au fil de ces 1400 pages qui m’ont paru trop courtes et que j’aurais tellement aimé prolonger encore et encore !

Moi qui ai attendu 50 ans pour le rencontrer il me faut déjà le quitter après 15 jours à peine... Alors, par chance, si le silence qui suit du Mozart est encore du Mozart les jours prochains seront pour moi très certainement encore du Dumas. Et c’est très bien comme ça.

"Je suis descendu d'une planète qu'on appelle la douleur"

F/.

jeudi 29 août 2019

Critique du film "LION"

Genre : le petit poucet de Tasmanie (note: ***/****)


Réal. Garth Davis
Avec Dev Patel, Rooney Mara, Sunny Pawar, Abhishek Bharate, Priyanka Bose, Nicole Kidman, etc.
D'après le livre "A long way home" de Saroo Brierley

Saroo a 5 ans, une bouille à croquer, un grand frère, une petite soeur et une maman aimante qui travaille dur pour les nourrir dans cette Inde aride et rude où il est heureux. Parce qu'il a réussi à convaincre son frère de l'emmener avec lui, un soir, sa vie va changer pour toujours : perdu dans les rues de Calcutta, à des milliers de kilomètres de chez lui, il est recueilli dans un orphelinat avant d'être adopté par un couple australien. Il lui faudra 25 ans pour retrouver sa famille originelle.

Un film incroyable, porté par Dev Patel, bien sûr, mais surtout avant lui par le très jeune Sunny Pawar, confondant de naturel, qui nous fait fondre le coeur avec ses grands yeux noirs, ses petites gambettes, sa petite voix qui appelle son frère en vain. On a envie de le prendre dans nos bras, ce petit garçon de 5 ans, de le serrer fort et de lui dire que tout ira bien.

La force de l'amour, la recherche de soi à travers la recherche de ses origines, retrouver d'où on vient pour savoir qui on est et où on peut aller, cette volonté-là peut faire bouger des montagnes. Google Earth n'a jamais été aussi utile et bien utilisé. Quelle persévérance, quelle résilience, c'est à la fois magnifique et très émouvant. 

F/.

jeudi 28 mars 2019

Critique du film "Bohemian Rhapsody"

Genre : biopic (note: **/****)


Réal. Bryan Singer
Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Allen Leech, Mike Myers, Gwilym Lee, Ben Hardy, Joe Mazzello, Tom Hollander, etc.

Flamboyant, talentueux, singulier, outrageant, exigeant, génial, attachiant, énervant, égoïste, généreux, une voix, une personnalité, un charisme, une présence. Farrokh Bulsara, plus connu sous le nom de Freddie Mercury, était tout cela et bien plus encore. Larger than life.

Rami Malek (révélé par la série Mr Robot) le restitue parfaitement dans cette performance habitée, taillée pour les Oscars. Sans grande surprise, il a décroché la statuette.

Le film dure 2h15, avec quelques longueurs que les scènes de musique font rapidement oublier. La participation de Queen au concert Live Aid au stade Wembley en 1985 est superbement rendue (même si elle est en version condensée) et donne immédiatement envie d'aller se la revisionner dans son intégralité sur YouTube.

Fan ou pas fan, ces quatre fantastiques-là ont tracé leur légende et on ressort du film en fredonnant une bonne demi-douzaine de tubes qui donnent toujours autant la pêche, y compris en ouverture des Oscars 2019.

Thank you Freddie. RIP.

Freddie: Let's go and punch a hole in the roof of Wembley Stadium.
Brian May: Actually, Wembley Stadium doesn't have a roof.
Freddie: Then we'll punch a hole in the sky.
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Critique du film "Jusqu'à la garde"

Genre: jusqu'à ce que... (note : ***/****)


Réal. Xavier Legrand
Avec Léa Drucker, Denis Ménochet, Thomas Gioria, Jean-Marie Winling, Mathilde Auneveux, Mathieu Saïkaly, etc.

Après près de 20 ans de mariage et deux enfants, Myriam et Antoine Besson divorcent. Le film s'ouvre sur une scène tout en émotions contenues dans le bureau de la juge. Elle lit aux deux parents accompagnés de leurs avocates la déclaration du fils de 11 ans qui dit en des termes très forts ne plus vouloir voir son père ("l'autre"). Du tout. Jamais. Réaction du père : affligé, blessé, un gros nounours pataud qui tente de faire valoir ses droits et avant tout celui de voir ses enfants. Réaction de la mère : colère froide, un bloc de marbre. L'avocate du père tente de plaider la manipulation de l'enfant par la mère, l'avocate de la mère tente d'être plus conciliante, sa cliente veut en finir avec tout ça et reprendre une vie normale.

Au début on doute. Dans quel camp est la malveillance ? Après la première scène, on se dit qu'il y a quand même un décalage énorme entre les mots du fils de 11 ans pour décrire son père et l'attitude de ce père, calme, clairement en souffrance avec son regard de chien battu. On serait tenté de pencher de son côté, la mère ayant tout l'air de cette manipulatrice que décrivait l'avocate du père. Ce ne serait pas la première fois qu'une mère monterait ses enfants contre leur père pour lui faire du mal dans une procédure de divorce.

Alors qu'est-ce qui fait que deux scènes plus tard, on sait que ce n'est pas le cas ? La réponse tient en deux mots : Thomas Gioria. Par une performance d'acteur des plus minimalistes, ce jeune garçon fait passer une multitude d'émotions au premier rang desquelles la terreur. Une terreur réelle qui traverse l'écran pour nous prendre aux tripes. Les scènes entre le fils et le père dans la voiture sont incroyables d'intensité.

Le film dure 90 minutes et il tient en quatre ou cinq scènes pas plus. C'est tout ce qu'il faut à Xavier Legrand, avec un minimum de dialogues, des scènes longues, sans musique, un montage au scalpel et des acteurs tous fabuleux pour faire monter crescendo la tension jusqu'à la scène finale, glaçante, dix minutes en apnée.

Léa Drucker a obtenu le César de la meilleure actrice pour ce film. Elle l'a probablement mérité mais le jeune Thomas Gioria l'aurait mérité aussi. La meilleure performance du film, pour moi c'est lui.
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mardi 26 mars 2019

Absentia

Genre: à oublier (note: 0/****)


Série US - 2017
Créée par Matthew Cirulnik et Gaia Violo
Directeur de la photographie Nadav Hekselman
Avec Stana Katic, Patrick Heusinger, Angel Bonnani, Cara Theobold, Neil Jackson, Ralph Ineson, Patrick McAuley, Warren Byrne, etc.

L'agent duu FBI Emily Byrne est retrouvée, six ans après avoir été kidnappée, en vie alors que tout le monde la croyait morte. Sa mémoire de ce qui s'est passé est en lambeaux. Que lui est-il arrivé ? L'homme jugé et condamné pour son enlèvement et son assassinat est-il le vrai coupable ? Aidée de son mari (FBI lui aussi qui, la croyant morte, a refait sa vie et donné une nouvelle mère à leur jeune fils) et d'un flic local, tous deux un coup la croyant innocente, un coup la croyant coupable, elle va essayer de résoudre ce mystère tout en se demandant si elle peut renouer avec son fils (et son mari) et surtout en essayant de prouver qu'elle n'est pas l'assassin de toutes les personnes qu'elle a soupçonnées à un moment ou à un autre et qui, curieusement, sont exécutées les uns après les autres depuis qu'elle a été retrouvée.

Vous trouvez ce résumé mal écrit et ça ne vous donne pas vraiment envie de visionner la série ? C'est normal. Ce résumé traduit exactement l'impression que m'a laissé Absentia : bâclée, clichée, mal jouée, avec des longueurs à n'en plus finir (six épisodes auraient suffi).

J'avais bien aimé Stana Katic dans le rôle qui lui a apporté la célébrité, celui de Kate Beckett dans "Castle" et Patrick Heusinger était plutôt pas mal dans le (second) rôle du frère homosexuel de Lisa Edelstein dans "A girlfriend's guide to divorce". Ici, ils sont en pilote automatique avec deux expressions faciales (elle bouche entrouverte, lui sourcils froncés) et ne font que courir et pleurer sur les dix épisodes. Pour le flic bostonien c'est pire : plus cliché tu meurs, sapé comme s'il était Columbo undercover chez les narcos depuis dix ans, l'air d'être tombé du lit à chaque scène et un jeu d'acteur au ras des pâquerettes. La série collectionne les invraisemblances, les stéréotypes et prend des raccourcis (sauf avec le nombre d'épisodes) qui finissent par rendre le tout risible.

Seuls le directeur de la photographie (angle de vue de certaines scènes et jeu d'ombres et lumière bien fait) et l'acteur Warren Byrne (très bien dans le rôle du père d'Emily Byrne) relèvent le niveau. C'est mince.

J'ai quand même tenu jusqu'au bout, en partie parce que je pensais qu'il n'y avait que huit épisodes (je me suis rendu compte à la fin du huitième qu'il y en avait deux autres...) et en partie parce que je voulais quand même connaître le fin mot de cette histoire abracadabrantesque. Mais le dénouement est à l'image du reste. Dommage car le premier épisode était bien.

Les critiques sur IMDb sont très clivées. La saison 2 est sur le point d'être diffusée. Comme quoi.
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