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lundi 27 décembre 2021

Critique du film "Spider-Man: no way home"

Genre : bim bam boom - repeat (Note: * / ****)

Je me suis beaucoup, mais alors beaucoup ennuyée... La seule * est pour mon chouchou Benedict Cumberbatch. Sans lui, j'aurais sans doute quitté la séance.

F./

jeudi 29 août 2019

Critique du film "LION"

Genre : le petit poucet de Tasmanie (note: ***/****)


Réal. Garth Davis
Avec Dev Patel, Rooney Mara, Sunny Pawar, Abhishek Bharate, Priyanka Bose, Nicole Kidman, etc.
D'après le livre "A long way home" de Saroo Brierley

Saroo a 5 ans, une bouille à croquer, un grand frère, une petite soeur et une maman aimante qui travaille dur pour les nourrir dans cette Inde aride et rude où il est heureux. Parce qu'il a réussi à convaincre son frère de l'emmener avec lui, un soir, sa vie va changer pour toujours : perdu dans les rues de Calcutta, à des milliers de kilomètres de chez lui, il est recueilli dans un orphelinat avant d'être adopté par un couple australien. Il lui faudra 25 ans pour retrouver sa famille originelle.

Un film incroyable, porté par Dev Patel, bien sûr, mais surtout avant lui par le très jeune Sunny Pawar, confondant de naturel, qui nous fait fondre le coeur avec ses grands yeux noirs, ses petites gambettes, sa petite voix qui appelle son frère en vain. On a envie de le prendre dans nos bras, ce petit garçon de 5 ans, de le serrer fort et de lui dire que tout ira bien.

La force de l'amour, la recherche de soi à travers la recherche de ses origines, retrouver d'où on vient pour savoir qui on est et où on peut aller, cette volonté-là peut faire bouger des montagnes. Google Earth n'a jamais été aussi utile et bien utilisé. Quelle persévérance, quelle résilience, c'est à la fois magnifique et très émouvant. 

F/.

jeudi 28 mars 2019

Critique du film "Bohemian Rhapsody"

Genre : biopic (note: **/****)


Réal. Bryan Singer
Avec Rami Malek, Lucy Boynton, Allen Leech, Mike Myers, Gwilym Lee, Ben Hardy, Joe Mazzello, Tom Hollander, etc.

Flamboyant, talentueux, singulier, outrageant, exigeant, génial, attachiant, énervant, égoïste, généreux, une voix, une personnalité, un charisme, une présence. Farrokh Bulsara, plus connu sous le nom de Freddie Mercury, était tout cela et bien plus encore. Larger than life.

Rami Malek (révélé par la série Mr Robot) le restitue parfaitement dans cette performance habitée, taillée pour les Oscars. Sans grande surprise, il a décroché la statuette.

Le film dure 2h15, avec quelques longueurs que les scènes de musique font rapidement oublier. La participation de Queen au concert Live Aid au stade Wembley en 1985 est superbement rendue (même si elle est en version condensée) et donne immédiatement envie d'aller se la revisionner dans son intégralité sur YouTube.

Fan ou pas fan, ces quatre fantastiques-là ont tracé leur légende et on ressort du film en fredonnant une bonne demi-douzaine de tubes qui donnent toujours autant la pêche, y compris en ouverture des Oscars 2019.

Thank you Freddie. RIP.

Freddie: Let's go and punch a hole in the roof of Wembley Stadium.
Brian May: Actually, Wembley Stadium doesn't have a roof.
Freddie: Then we'll punch a hole in the sky.
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Critique du film "Jusqu'à la garde"

Genre: jusqu'à ce que... (note : ***/****)


Réal. Xavier Legrand
Avec Léa Drucker, Denis Ménochet, Thomas Gioria, Jean-Marie Winling, Mathilde Auneveux, Mathieu Saïkaly, etc.

Après près de 20 ans de mariage et deux enfants, Myriam et Antoine Besson divorcent. Le film s'ouvre sur une scène tout en émotions contenues dans le bureau de la juge. Elle lit aux deux parents accompagnés de leurs avocates la déclaration du fils de 11 ans qui dit en des termes très forts ne plus vouloir voir son père ("l'autre"). Du tout. Jamais. Réaction du père : affligé, blessé, un gros nounours pataud qui tente de faire valoir ses droits et avant tout celui de voir ses enfants. Réaction de la mère : colère froide, un bloc de marbre. L'avocate du père tente de plaider la manipulation de l'enfant par la mère, l'avocate de la mère tente d'être plus conciliante, sa cliente veut en finir avec tout ça et reprendre une vie normale.

Au début on doute. Dans quel camp est la malveillance ? Après la première scène, on se dit qu'il y a quand même un décalage énorme entre les mots du fils de 11 ans pour décrire son père et l'attitude de ce père, calme, clairement en souffrance avec son regard de chien battu. On serait tenté de pencher de son côté, la mère ayant tout l'air de cette manipulatrice que décrivait l'avocate du père. Ce ne serait pas la première fois qu'une mère monterait ses enfants contre leur père pour lui faire du mal dans une procédure de divorce.

Alors qu'est-ce qui fait que deux scènes plus tard, on sait que ce n'est pas le cas ? La réponse tient en deux mots : Thomas Gioria. Par une performance d'acteur des plus minimalistes, ce jeune garçon fait passer une multitude d'émotions au premier rang desquelles la terreur. Une terreur réelle qui traverse l'écran pour nous prendre aux tripes. Les scènes entre le fils et le père dans la voiture sont incroyables d'intensité.

Le film dure 90 minutes et il tient en quatre ou cinq scènes pas plus. C'est tout ce qu'il faut à Xavier Legrand, avec un minimum de dialogues, des scènes longues, sans musique, un montage au scalpel et des acteurs tous fabuleux pour faire monter crescendo la tension jusqu'à la scène finale, glaçante, dix minutes en apnée.

Léa Drucker a obtenu le César de la meilleure actrice pour ce film. Elle l'a probablement mérité mais le jeune Thomas Gioria l'aurait mérité aussi. La meilleure performance du film, pour moi c'est lui.
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dimanche 3 mars 2019

A star is born 2018

Genre: re-re-remake (note: */****)


Réal. Bradley Cooper
Avec Lady Gaga, Bradley Cooper, Sam Elliott, Rafi Gavron, Ron Rifkin, etc.

Je n'y étais pas allée à sa sortie parce que, pour moi, A Star is Born c'est Barbra Streisand et Kris Kristofferson. Point barre.

Je sais bien qu'avant eux il y a eu Judy Garland et James Mason (en 1954) et qu'avant eux encore il y a eu Janet Gaynor et Fredric March (en 1937) mais, principalement grâce à la bande originale, de mon point de vue la version de 1976 est la meilleure.

Et puis la semaine dernière, comme plusieurs millions de téléspectateurs, j'ai vu ça et là, je me suis dit que finalement le film méritait peut-être un petit visionnage.

Même si j'ai été agréablement surprise par la réalisation de Bradley Cooper et le jeu très naturel de Lady Gaga, à quelques détails près le film se contente de reprendre quasi scène par scène la version de 1976. Hélas Bradley Cooper n'a pas le charisme animal du rôle (celui d'un Kris Kristofferson qui exsudait la testostérone par tous les pores de sa peau). Ici, Sam Elliott dégage plus de profondeur, dans le rôle de son frère, que lui. Lady Gaga, si elle s'en sort plutôt pas mal dans son premier rôle au cinéma, n'a ni le talent d'actrice, ni ce mélange de force et de fragilité, et - plus grave - certainement pas la voix unique de Barbra Streisand.

A aucun moment dans le film je n'ai retrouvé entre Bradley Cooper et Lady Gaga cette alchimie, cette magie, ce moment en apesanteur que fut leur performance aux Oscars.

Quant à la bande son, à part "Shallow" qui est une pépite à vous filer des frissons le long de l'épine dorsale, les autres chansons sont quelconques.

Dommage.
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samedi 23 février 2019

The Wife

Genre: I want to thank my wife (note: */****)


Réal. Björn Runge
Avec Glenn Close, Jonathan Pryce, Christian Slater, Max Irons, Harry Lloyd, Annie Starke, etc
Scénario de Jane Anderson d'après le roman de Meg Wolitzer

Joe Castleman, romancier américain de talent, se rend avec son épouse Joan à Stockholm pour y recevoir le prix Nobel de littérature. Ce voyage, suivi par un écrivain ayant pour ambition d'écrire la biographie de Joe, va permettre au vieux couple de se pencher sur la vie qu'ils ont choisi de mener plus de 40 ans plus tôt.

Dès les premières minutes du film, on sent le loup. Est-ce la mise en scène ? Est-ce le sourire de Glenn Close, un peu trop figé et surtout totalement contredit par ses yeux ? Est-ce le comportement de son mari, flatté de l'honneur qu'on lui fait en lui attribuant un prix aussi prestigieux, et pourtant presque gêné de le recevoir ? Quelque chose cloche. Assez vite, on devine quoi.

Du coup, on se concentre sur le jeu de Glenn Close, croulant sous les récompenses et en bonne place pour rafler l'Oscar de la meilleure actrice dimanche soir (ce serait son premier malgré plusieurs nominations). Son jeu pour ce rôle mérite-t-il de décrocher la statuette ? De mon point de vue, non.

Certes le film se laisse voir, certes elle réussit à faire passer un certain nombre de choses de façon très subtile mais elle est particulièrement bien aidée par Christian Slater dans la meilleure scène du film. La meilleure performance de The Wife, c'est lui.

"Behind every great man is a woman rolling her eyes"
Jim Carrey
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lundi 13 juillet 2015

We need to talk about Kevin

Genre : Damien 3.0 (note: **/****)

Réal. Lynne Ramsay
Avec Tilda Swinton, John C. Reilly, Ezra Miller, Jasper Newell, Ashley Gerasimovich, etc.

Elle se réveille seule dans une maison en ruines où règne le chaos. Elle titube, prend des médicaments, s'habille tant bien que mal et sort de chez elle pour trouver sa voiture vandalisée dans la rue : des seaux de peinture rouge ont été jetés sur le véhicule, même chose sur la maison mais, chose surprenante, ça ne la surprend pas justement. Au supermarché, elle évite soigneusement une autre femme dans les rayons, qui en profite pour casser les 12 œufs qu'elle vient de mettre dans son caddie mais là encore ça ne lui fait rien, elle les prend quand même, comme ça, et les mange en omelette morceaux de coquille compris. Elle se fait gifler dans la rue sans réagir, et quand un homme lui propose de témoigner si elle veut porter plainte, elle refuse. Eva Khatchadourian (Tilda Swinton) porte sa croix.

18 ans plus tôt, elle était jeune, insouciante, légèrement provoquante, amoureuse aussi. De cet amour naquit un enfant, un garçon, qui du jour où il poussa son premier cri ne sembla plus n'avoir qu'un but dans la vie : faire de celle de sa mère un long calvaire jusqu'à l'apothéose finale.

Le montage en flashbacks donne une impression de malaise qui convient parfaitement au propos. On est déboussolés, entre présent et passé, comme en décalage horaire. Tilda Swinton est statuesque, éthérée, glaciale. On la trouve distante avec son bébé, incapable de créer le lien. Aucune expression sur son visage, elle semble ne rien ressentir sinon une immense fatigue et prendre son nouveau rôle de mère comme une obligation, sans une once d'enthousiasme, encore moins d'amour. L'enfant grandit et Ezra Miller, l'acteur qui joue Kevin adolescent, donne froid dans le dos d'un simple regard. Impeccable casting. Le drame gronde, monte crescendo : petite mesquinerie fraternelle par-ci, accident domestique par-là, la mère sent venir le "chef d'œuvre" filial, impuissante, tandis que le père ne voit rien, ne comprend rien - ou fait l'autruche, pauvre de lui.

L'apothéose arrive dans les dernières minutes du film, superbement amenée, mise en scène et montée. Le drame aurait-il pu être évité ? Qu'aurait-il fallu pour faire de Kevin un être humain : de l'amour maternel ? De l'autorité paternelle ? Etre né avec une âme tout simplement ?

Le 21e siècle a trouvé son Damien (la malédiction) : il s'appelle Kevin et il est gratiné.
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samedi 11 octobre 2014

Critique du film "Gone Girl"

Genre: sleeping with the enemy (note: ***/****)

Réal. David Fincher
Avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Carrie Coon, Kim Dickens, Emily Ratajkowski, etc.

Où est Amy Elliott Dunne (Rosamund Pike) ? Cette jeune femme à la beauté éthérée qui s'est évaporée le beau matin de son cinquième anniversaire de mariage, personne ne semble la connaître vraiment, ni son mari Nick (Ben Affleck, inattendu et vraiment très bien), ni même ses parents qui sont allés jusqu'à se créer une fille plus parfaite en version papier.

Ce fait divers local devient vite un feuilleton à scandale national, relayé à outrance par les médias qui attribuent les rôles, caricaturent, pardon... décryptent, harcèlent, déforment la vérité pour en faire une pseudo-information bonne à vendre au grand public, ces incultes prêts à gober tout ce que leur fait avaler Saint Cathodique tant que ça les détourne de leur triste vie quotidienne, de la crise, du chômage, des centres commerciaux désaffectés, etc.

Chasse au trésor sur fond de chasse aux sorcières, tout dans Gone Girl est double (y compris le titre du film) : il y a la réalité et la perception de la réalité, le présent et le passé, rendu en flashbacks, Amy et son double de fiction, Nick et sa sœur jumelle. Et les deux n'ont souvent pas grand chose en commun.

David Fincher est le roi du suspens, il l'a déjà prouvé maintes fois (Seven, Fight Club, The Game). Il est également très fort pour créer une ambiance grâce aux décors mais aussi, et surtout, grâce à sa direction d'acteurs et le prouve encore ici : tous sont parfaits, jusqu'aux seconds rôles (mention spéciale à Tyler Perry). Mais c'est la trop rare Rosamund Pike (que j'avais découverte et adorée dans Die Another Day) qui rafle la mise : elle économise ses mouvements, semble flotter plus que marcher, ne laisse jamais rien transparaître derrière cette beauté diaphane de gravure de mode à la beauté trop lisse, seuls ses yeux ouvrent une toute petite fenêtre, sorte de meurtrière, sur son âme. Elle est parfaite.

Fincher nous manipule sans forcer pendant les 2h30 que dure le film mais j'en aurais voulu encore ! La fin arrive trop tôt et m'a un peu laissée sur ma... faim.
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vendredi 10 octobre 2014

Critique du film "Diana"

Genre: bougie dans la tempête (note: 0/****)


Réal. Oliver Hirschbiegel
Avec Naomi Watts, Naveen Andrews, Cas Anvar, Juliet Stevenson, etc.

Mais qu'est-ce que Naomi Watts est allée foutre dans cette niaiserie ?

Ce film ne mérite pas plus que cette ligne.

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samedi 26 juillet 2014

Critique du film "L'homme qu'on aimait trop"

Genre: l'espion qui ne l'aimait pas (note: **/****)

Réal. André Téchiné
Avec Guillaume Canet, Catherine Deneuve, Adèle Haenel, Jean Corso, etc.
Scénario d'André Téchiné, Cédric Anger et Jean-Charles Le Roux d'après le livre de Renée Le Roux

Elle s'appelait Agnès Le Roux. Elle avait 29 ans, un sacré caractère, un bel héritage et elle a été prise dans les feux croisés de la guerre des casinos qui opposait sa mère à un mafieux niçois nommé Fratoni. Elle était amoureuse aussi, de Maurice Agnelet, son amant et ancien avocat de sa mère, rongé par l'amertume d'avoir été écarté par cette dernière et passé dans le camp Fratoni par intérêt (par vengeance ?). Agnès Le Roux a disparu à la Toussaint 1977, au volant de sa Range Rover toute neuve et n'est jamais réapparue. Trois mois après la disparition d'Agnès, Maurice Agnelet a vidé ses comptes en banque, sur lesquels il avait procuration, pour mettre l'argent (3 millions de francs !) sur son compte à lui. Il n'a jamais cherché à l'appeler, n'a jamais paru inquiet de sa disparition, n'a jamais agi comme si allait revenir. Il est le seul et c'est, entre autres, ce qui a toujours fait dire à Renée Le Roux qu'il savait que sa fille ne reviendrait pas pour la bonne et simple raison qu'il l'avait tuée. Dès lors cette femme n'a plus eu qu'un seul but : faire condamner Maurice Agnelet pour le meurtre d'Agnès.

Renée Le Roux (ici interprétée par Catherine Deneuve) est une femme de caractère, que l'on n'intimide pas facilement et qui ne renonce jamais. Deneuve est crédible dans ce rôle, même si je n'ai jamais trouvé qu'elle était une bonne actrice. Elle joue toujours pareil, débite ses lignes comme une mitraillette (même ici en italien), avec toujours le même rictus, toujours le même sourcil levé mais elle est Catherine Deneuve. Alors... on s'incline.

Face à elle, Guillaume Canet est un peu fade. Il n'a pas le regard de piranha du vrai Maurice Agnelet. Il semble un peu frêle dans un costume de bad boy trop grand pour lui. Ce n'est pas un mauvais acteur mais il est trop lisse.

Le film a été co-écrit par Jean-Charles Le Roux, le propre frère d'Agnès, il donne une version partisane et totalement à charge contre Maurice Agnelet. Sans surprise donc puisqu'Agnelet, dans la vraie vie, vient d'être condamné à 20 ans de prison pour l'assassinat d'Agnès Le Roux.

La vraie (bonne) surprise vient d'Adèle Haenel, inconnue en ce qui me concerne. Son interprétation d'Agnès Le Roux est impressionnante. D'un naturel bluffant, elle dégage sans forcer l'esprit rebelle que l'on imagine volontiers pour la jeune femme : impulsive, entière, intense, têtue.  La scène dans laquelle elle interprète une danse tribale africaine de façon totalement désinhibée, quasi en transes, sous les yeux d'un Guillaume Canet ébahi est purement exceptionnelle.

Il n'est pas facile de faire un film sur un fait divers réel. Il faut y imprimer sa patte, son style, sa propre lecture de l'affaire. Téchiné est certes un grand réalisateur mais sa version chronologique et trop fidèle de l'histoire Le Roux n'apporte rien de plus que l'épisode de "Faites entrer l'accusé" qui lui fut consacré il y a quelques années. Dommage.
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samedi 8 mars 2014

de McConnerie à McConnaissance


La première fois que j'ai vu Matthew McConaughey c'était en 1996 dans le film "A time to kill" (le droit de tuer ?) avec Samuel L. Jackson et Sandra Bullock, basé sur le roman de John Grisham. D'entrée il m'avait bien énervée. Déjà le sujet, particulièrement délicat, était traité de façon vulgaire et sans subtilité mais en plus McConaughey surjouait avec une prétention et une arrogance qui méritaient à l'époque une bonne paire de claques.

L'année suivante, il remet ça avec "Amistad". Casting et réalisateur cinq étoiles, mais pas d'amélioration côté jeu pour McConaughey, son accent du sud trop appuyé n'aidant pas. Cette année-là, Matthew devint pour moi McConnerie.

Il se lance alors dans la comédie romantique bas de gamme, aidé par un physique pas désagréable et bien entretenu qui demeure jusque là son seul véritable atout. Mais ça ne fait pas un acteur. Jennifer Lopez craque pour lui dans "The wedding planner" (un mariage trop parfait) en 2001 (moi, toujours pas), il s'ensable dans "Sahara" avec Penelope Cruz, se noie dans "Fool's gold" (l'amour de l'or) avec Kate Hudson, ne décolle pas dans "Ready to launch" (playboy à saisir) avec Sarah Jessica Parker, ne hante personne dans "Ghosts of girlfriends past" (hanté par ses ex) avec Jennifer Garner et continue comme ça une petite décennie (quand même !) dans le registre McConnerie.

Avec quelques années de retard, je tombe un soir sur "How to lose a guy in ten days" (comment se faire larguer en dix leçons) avec re-Kate Hudson et là, à ma grande surprise, je lève un sourcil: tiens, tiens... Certes c'est une comédie romantique comme on en a déjà vu cent, et pourtant... Avec ce film, il donne un premier (petit) aperçu de ce qu'il peut faire bien mais on est encore très loin de l'Oscar.

En 2009, il comprend enfin qu'il ne va nulle part et décide de faire un break. Il revient en 2011 avec "The Lincoln Lawyer" et là j'ai (enfin !) levé le deuxième sourcil : une sobriété de jeu dont je le croyais bien incapable, une maturité inespérée, un film intelligent, bien fichu (à part le rebondissement final un poil capilotracté). Il enchaîne avec l'intense et très noir "Killer Joe" (le choc, dans tous les sens du terme), "Mud" et "Magic Mike", dix minutes extraordinaires chez Scorsese face à DiCaprio dans "the wolf of Wall street", en sidéen qui ne veut pas mourir dans "Dallas Buyers Club" mais enfin et surtout, superbe, en flic introverti, intense, chtarbé mais perspicace qui ne lâche rien dans "True detective" sur la chaîne américaine HBO.

Un acteur, un vrai, est-il né ? Depuis trois ans, il a fait les bons choix et délivré de superbes performances, peut-il garder ce niveau ? S'est-il trouvé ?

Une chose est sûre, quand on voit ses discours de remerciements aux différentes récompenses qu'il a reçues ces derniers mois on se dit qu'il vaut mieux que quelqu'un d'autre continue d'écrire ses textes. L'espace de trois ou quatre fois cinq minutes, j'ai retrouvé le McConnerie des grands soirs : décalé, déjanté, à côté de la plaque, too much, limite incompréhensible, pas humble pour deux sous et à la fois conscient du chemin parcouru, de ce qu'il était et de ce qu'il est devenu : de McConnerie à McConnaissance.

2013 fut sans contexte l'année Matthew McConaughey. Était-ce une année charnière ou l'apogée de sa carrière ? L'avenir nous le dira.

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mardi 11 février 2014

Critique du film "Le pianiste"

NDLR: j'ai écrit cette critique le 7 octobre 2002, après avoir vu le film à sa sortie, sur un site de critiques où j'écrivais régulièrement alors et qui a fermé en 2007. Dimanche soir, Arte diffusait un documentaire intitulé "Roman Polanski: a film memoir". J'ai alors repensé à cette critique. La voici.

Cher Monsieur Polanski,

Avant vous, je dormais. Avant de voir "Le Pianiste" hier soir, je croyais savoir et je ne savais rien. Je croyais comprendre et je n'avais rien compris. Je n'avais pas ressenti une telle émotion cinématographique pour un film traitant de l'Holocauste juif depuis "Le Choix de Sophie". Et encore, j'étais trop jeune pour vraiment tout comprendre et tout ressentir alors. Mais hier soir, vous m'avez réveillée. En sursaut.

Parce qu'un soldat allemand désignant au hasard d'un caprice une demi-douzaine de prisonniers juifs, les couchant face contre terre et les abattant de sang froid l'un après l'autre, qui se retrouve à cours de munitions juste avant le dernier et qui prend son temps pour recharger devant lui avant de lui mettre une balle dans la tête sans sauter un battement de cils, ça prend aux tripes et ça donne envie de vomir. Ça m'a fait dix fois plus d'effet qu'un Ralph Fiennes tirant à vue sur les prisonniers du camp qu'il dirige pour se distraire et passer le temps. Pas que je veuille comparer car à mes yeux c'est incomparable. Là où Spielberg avait soigné sa photographie, là où son noir et blanc était lisse et beau à regarder (tout comme ses premiers rôles d'ailleurs), là où peut-être il avait besoin de ce noir et blanc pour amplifier les émotions, vos couleurs sont laides et sales, votre héros est décharné, les émotions que vous provoquez font battre le cœur au fond de la gorge.

Adrien Brody fait passer dans un regard, dans un tremblement à peine perceptible, toute sa peur, toute sa détermination. Parce qu'on ressent sa peur, qu'elle est là dans la salle avec nous, en nous. Il est magnifique et fabuleux.

J'ai failli sortir de la salle dix fois durant la première heure tellement c'était insoutenable. Pas à cause de scènes sanglantes ou quoi mais plutôt à cause d'une violence froide, chirurgicale, administrative, filmée de façon neutre, sans musique, sans effets dramatiques, sans effet tout court. C'était horrible et bouleversant.

Votre film c'est l'horreur et la grâce. L'horreur d'un homme à qui on a tout volé à part sa vie. La grâce d'une scène où il trouve un piano et joue dans sa tête, en faisant courir ses mains sur le clavier sans enfoncer une seule touche, pour ne pas faire de bruit et éveiller les soupçons des voisins sur lui. L'horreur de se retrouver face à un officier allemand qui lui demande de jouer pour lui, sans savoir si quand il aura fini de jouer il sera épargné ou abattu. La grâce de tomber sur un SS mélomane qui l'aidera à passer les dernières semaines avant l'entrée des russes dans Varsovie. L'horreur et la grâce.

Peut-être que vous seul étiez capable de faire un tel film. Parce que vous avez eu cette enfance-là, parce que vous avez eu cette vie-là, parce que vous avez connu la souffrance et le deuil au-delà de ce qu'on peut sans doute imaginer, parce que Sharon Tate et Charles Manson.

Hier soir je suis sortie de la salle le souffle court, j'avais besoin d'air frais. J'étais sonnée comme un boxeur au dixième round, mes cordes vocales étaient tellement nouées que j'en avais mal à la gorge et chaque fois que j'essayais de dire un mot, les larmes coulaient toutes seules le long de mes joues. Je suis rentrée chez moi et je crois que pour la première fois de toute ma vie, j'ai réalisé ce qu'avait été le martyre de ces gens-là. Comme si demain on décidait de me parquer dans un camp parce que je suis Corse, ou catholique ou parce que j'ai les yeux marrons. Pour rien, pour un détail.

Je suis sortie du métro avant ma station et j'ai fait le reste à pieds pour être à l'air libre. Libre. Et bizarrement, en marchant dans la nuit, je me suis mise à fredonner une vieille chanson de Renaud. Pourquoi celle-là je ne sais pas, mais elle s'est imposée d'elle-même.

Et quand je me réveille et que je suis en vie,
C'est tout ce qui m'importe bien plus que le bonheur
Qui est affaire de médiocres et qui use le cœur…
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mardi 28 janvier 2014

Critique du film "Le loup de Wall street"

Genre: Glengarry Glen Wolf    (note: ***/****)


Réal. Martin Scorsese
Avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Margot Robbie, Kyle Chandler, Rob Reiner, Joanna Lumley, Jean Dujardin et Matthew McConaughey

Jordan Belfort est un sale con. De ceux que même Leonardo DiCaprio n'arrive pas à rendre sympathique. Pourtant quand il a traversé l'East river du Queens de son enfance pour débarquer à Wall street, c'était un bon gars qui avait juste l'ambition de réussir.  Mais après un passage éclair entre les pattes d'un Matthew McConaughey tout simplement ex-tra-or-di-nai-re qui nous donne la meilleure scène du film, Belfort est un autre homme.  Ces dix minutes-là rappellent en virtuosité celles d'un certain Alec Baldwin, vingt ans plus tôt, dans le film "Glengarry Glen Ross".

S'en suivent 3h épileptiques durant lesquelles Jordan Belfort va s'en mettre plein les poches (et le nez) et nous en mettre plein les yeux (et les oreilles). Par moments, grâce aux talents conjugués de Martin Scorsese (aux accents Tarantinesques ici) et Leonardo DiCaprio, on se laisserait presque convaincre que ces mecs-là ne voyaient pas le mal, qu'ils avaient juste assez de niaque et de bagout pour vendre n'importe quoi à n'importe qui.

Au final, on ressort de ce film essorés, pas sûrs du tout que la sanction ait été à la hauteur de la faute, ni que la leçon ait réellement été apprise mais certains que la spirale infernale du toujours plus d'argent rend fou.

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Critique du film "YvesSaintLaurent"

Genre: le talent, cette si grande souffrance...    (note: **/****)

Réal. Jalil Lespert
Avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Laura Smet, Marie de Villepin, Marianne Basler, etc.

Il y a des films qu'on attend et ceux qui nous attendent. YvesSaintLaurent est sans doute de ceux-là. YSL fut mon initiation au monde du luxe. A 15 ans, mon premier objet de convoitise fut une bouteille du parfum "Paris". Je l'ai porté huit ans. Encore aujourd'hui je le reconnais à dix mètres et je me retourne systématiquement dans la rue sur toute femme qui le porte. C'est pavlovien. Je veux voir à quoi ressemble la femme Saint Laurent d'aujourd'hui.

Avant d'aller voir ce film, j'avais vu sur Paris Première un documentaire sur le couturier. Il s'y racontait lui-même et d'autres, ses proches (sa mère, Pierre Bergé, Betty Catroux, Loulou de la Falaise, Edmonde Charles-Roux), le racontaient aussi. Ce documentaire m'a permis de mieux comprendre car le film de Jalil Lespert est un peu décousu (un comble). Il veut tout dire, trop dire.

Yves Mathieu-Saint-Laurent (son vrai nom) a eu une vie difficile et compliquée. Il s'est su très tôt homosexuel, ce qui lui valut quelques raclées infligées par ses petits camarades de classe dans l'Algérie colonisée des années 40. Très tôt aussi il a su qu'il voulait habiller les femmes. Il entre chez Dior à 19 ans et fait ses armes. A la mort de Monsieur Dior, il reprend la boutique, à 21 ans. Il est trop jeune, trop émotif, il a trop de pression, la guerre d'Algérie menace sa carrière, sa santé mentale. Il finit en psychiatrie au Val de Grâce. Avant cela il avait rencontré Pierre Bergé : son ami, son compagnon, son sauveur.  Pour le sauver, Bergé lui dit "le talent tu l'as, le reste je m'en occupe". Et c'est ce qu'il fera cinquante ans durant. Yves n'aura qu'à dessiner, Bergé gèrera tout le reste, sa vie même, et supportera tout par amour, par admiration aussi.

Pierre Niney est habité. Il est à la fois surprenant et parfait. Mais la vraie performance vient de Guillaume Gallienne car il est plus difficile d'interpréter quelqu'un de "normal" qu'un hyper-émotif, drogué, hyper-sensible, une icône. Ils étaient les deux faces d'une même pièce et les acteurs rendent formidablement cette relation singulière.

YvesSaintLaurent est un film souvent maladroit, pas hagiographique pour deux sous, empreint d'une belle émotion, d'une grande nostalgie, bien aidé en cela par des morceaux de musique parfaitement choisis.
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jeudi 7 novembre 2013

The company you keep

Genre: the way we were  (note: **/****)


Réal. Robert Redford
Avec Robert Redford, Julie Christie, Shia LaBeouf, Brit Marling, Brendan Gleason, Chris Cooper, Stanley Tucci, Sam Elliott, Susan Sarandon, Nick Nolte

Il y a du Bob Woodward chez Ben Shepard (le personnage interprété par Shia LaBeouf) : une intelligence pour flairer la vérité derrière les apparences (aussi évidentes semblent-elles), de la détermination, de l'audace, un goût du risque pour déterrer l'Histoire.

Il émane de ce film une grande nostalgie. Nostalgie de ce qui fut et n'est plus, des batailles perdues sans avoir gagné les guerres, du temps qui passe et sépare ceux qui s'aimaient, des deuxièmes chances, de la jeunesse fougueuse, des amours sacrifiées...

La réalisation de Robert Redford accentue cette impression de nostalgie et lui ajoute presque de la résignation. Presque seulement car il se bat encore, parce qu'il a une nouvelle vie à sauver, une fillette dont il est seul à s'occuper et qu'elle est tout ce qui compte pour lui désormais. Mais il se bat sans flamboyance, sans arrogance, avec la force tranquille de son âge. Il est encore beau malgré les sillons qui ont creusé son visage. Il n'est plus Hubbell, il n'est plus the Sundance Kid, il est loin de Gatsby, il est devenu... lui-même. Chacun des films qu'il réalise écrit un peu plus sa véritable histoire, celle du mec qu'il semble être : un passionné de cinéma, de nature, de culture. Un mec bien.

Entouré d'un casting cinq étoiles principalement composé de vieux briscards, il fait la part belle à Shia LaBeouf (bien loin de Transformers) sensationnel en journaliste qui sait encore ce que veut dire "journalisme d'investigation" mais sans sacrifier une certaine éthique, une morale.

Un film en équilibre, à l'image de sa dernière scène, muette et très réussie qui ferme le livre du passé pour s'ancrer résolument dans le présent et le futur. Le futur seulement.

Can it be that it was all so simple then?
Or has time re-written every line?
If we had the chance to do it all again
Tell me, would we? could we?


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mardi 5 novembre 2013

Critique du film "Gravity"

Genre :  Hollywood, we have a problem... (note: */****)


Réal. Alfonso Cuaron
Avec Sandra Bullock, George Clooney, (la voix de) Ed Harris

La scène d'ouverture est superbe et, enfin, la 3D est justifiée (d'ailleurs il faut souligner que les lunettes spéciales 3D se sont bien améliorées et ressemblent enfin à des lunettes et non plus à cet espèce de cadeau Bonux un oeil rouge un oeil bleu qui filait la migraine au bout de dix minutes de film).  Je disais donc que la scène d'ouverture est à couper le souffle.  On entend grésiller la voix d'Ed  "failure-is-not-an-option" Harris, petit clin d'oeil à son rôle dans Apollo 13, sur fond d'espace absolu, d'un bleu profond dans lequel petit à petit vient s'incruster la Terre. En 3D c'est superbe, vraiment.

Les quinze premières minutes se laissent voir tranquillou. A ma gauche, Sandra Bullock en bonhomme Michelin en train de dévisser des boulons sur un satellite, au centre un autre astronaute, à droite George "who-else?" Clooney qui s'amuse comme un petit fou à faire des roulades et des galipettes dans l'espace tout en racontant des blagues censées détendre l'atmosphère mais qui ne font que stresser davantage Sandra Bullock, un médecin (?) qui s'est retrouvée là on ne saura jamais trop pourquoi, sinon pour justifier un scénario qui tient en une ligne : Sandra Bullock est satellisée seule dans l'espace et on se demande bien comment elle va revenir sur Terre. Au bout de quinze minutes, la catastrophe se produit et à partir de là on va suivre Sandra (tellement botoxée qu'elle n'arrive même plus à froncer les sourcils) en solo poursuivant son but ultime : rentrer chez elle.

Je ne dirais pas que je me suis ennuyée, non parce que les images de l'espace sont vraiment très belles et que le film dure à peine 90 minutes, mais l'histoire tient sur un ticket de métro, le jeu de l'actrice est minimaliste, elle n'a pas dû se fouler un neurone à apprendre les dialogues (no, no, no, Oh my God, please, please, please, come on, come on, come on) et les clichés ne nous sont pas épargnés (sur les russes et les chinois, comme toujours). La meilleure scène du film est la dernière avec George Clooney dont on s'attendrait presque à ce qu'il offre un petit café à sa coéquipière un tantinet paniquée.

Bien sûr la musique en fait des caisses dans la dernière scène, l'angle de prise de vue en rajoute une couche, le jeu de Sandra Bullock enfonce le clou et on n'a quand même qu'une hâte : en finir.

J'ai mis une étoile pour George et pour les effets spéciaux (et un peu aussi pour la voix de Ed Harris, que j'adore). Pour le reste...
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lundi 21 octobre 2013

Critique du film "Blue Jasmine"

Genre: made of lies / Madoff lies... (note: **/****)


Réal. Woody Allen
Avec: Alec Baldwin, Cate Blanchett, Bobby Canavale, Louie CK, Sally Hawkins, Peter Sarsgaard, etc.

Toute ressemblance entre Jasmine French et Ruth Madoff ne serait pas purement fortuite. Woody Allen semble avoir mis tout un tas de détails (véridiques) de la vie de Ruth dans un shaker et bien secoué tout ça pour aboutir à sa Jasmine. Le monde entier connaît l'histoire de Ruth et Bernard Madoff, Woody Allen en donne sa propre lecture avec tout le talent qu'on lui connaît.

De ce film ressort plusieurs choses : d'abord qu'on s'habitue vite à l'argent, au confort, au pouvoir qu'il procure et que même une fois ruiné on continue comme si de rien n'était. Un peu comme un amputé de la jambe continue d'avoir des fourmis dans les doigts de pieds. L'argent donne une posture, un vocabulaire, un maniérisme, une deuxième nature que la ruine n'éradique pas. Ces "gens-là" se reconnaissent entre eux, comme le personnage de Peter Sarsgaard repère immédiatement Cate Blanchett dans un appartement bondé, à son sac Hermès, sa ceinture Chanel et ses souliers Roger Vivier. Ils viennent du même milieu, de la même caste, ils se sont retrouvés.

Ensuite que le mensonge finit toujours par vous revenir dans la gueule comme un boomerang. Le mari de Jasmine paiera le prix ultime pour toutes ses tromperies et trahisons.

Enfin, que le hasard ne fait pas toujours bien les choses et que le destin peut basculer d'une seconde à l'autre à cause d'un coup de fil ou d'une rencontre fortuite : Jasmine appelle le FBI pour se venger des infidélités de son mari et enclenche ainsi le mécanisme qui la mènera à sa propre perte ; quelques années plus tard, une rencontre sur un trottoir fait basculer tout son avenir alors qu'elle était si près d'une nouvelle vie, qu'elle la tenait à portée de main (ou de doigt, en l'occurrence).

Le film se clot sur une fin ouverte. Que va devenir Jasmine (impeccable Cate Blanchett, pour une fois vraiment impressionnante) ? On ne sait pas mais on peut penser qu'elle va soit se suicider (peu probable), soit se reprendre et recommencer. Question de survie.
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vendredi 30 août 2013

Critique du film "Insaisissables" (Now you see me)

Genre: Peekaboo (note: **/****)


Réal. Louis Leterrier
Avec Jesse Eisenberg, Mark Ruffalo, Woody Harrelson, Isla Fisher, Dave Franco, Mélanie Laurent, Morgan Freeman et Michael Caine (et une apparition de José Garcia !)

Quatre Houdinis charismatiques, repérés séparément et réunis par un personnage mystérieux encapuché, montent une série de spectacles de magie pharaoniques au cours desquels ils commettent des braquages dont ils reversent instantanément l'argent à leur public. Le FBI et Interpol mènent l'enquête.

Tourné à 100 à l'heure, pas le temps de s'ennuyer durant les 2h04 que dure ce film. Les scènes de magie sont bien fichues, l'histoire est passablement capilotractée mais qu'importe : on est là pour en avoir plein les mirettes et accessoirement chercher à deviner qui tire les ficelles, rien d'autre. Et on n'est pas déçus.

Personnellement j'ai beaucoup de mal avec Mélanie Laurent et je ne suis pas très fan d'Isla Fisher (c'est le deuxième film que je vois avec elle cette semaine...). Sinon, je suis toujours contente de retrouver Woody Harrelson et Mark Ruffalo. Ici, la cerise sur le pancake c'est la présence des vieux briscards Michael Caine et Morgan Freeman. D'ailleurs je me demande si Michael Caine a fait quelque chose à ses dents car il parle très bizarrement depuis quelques films... Mais je m'égarre.

Bref, une bonne grosse machine à feux d'artifice qui pétarrade de tous les côtés mais se laisse voir avec un plaisir non-dissimulé de gamin dans un parc d'attractions géant.
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Critique du film "Gatsby le magnifique"

Genre: all that Baz (note: **/****)


Réal. Baz Luhrman
Avec Leonardo Di Caprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan, Isla Fisher, Joel Edgerton, Elizabeth Debicki, etc.

Ce qui a de bien avec les films de Baz Luhrman c'est que dès les premières scènes on sait tout de suite que c'est lui. Il a un vrai style de mise en scène et surtout de mise en images : les couleurs pètent, la caméra virevolte, la musique nous crève les tympans, les acteurs surjouent et l'action est épileptique. Mais il se dégage toujours de ses films une extrême poésie, un supplément d'âme, un truc en plus. Gatsby n'échappe pas à la règle.

Tout comme pour "Moulin Rouge", il faut d'abord survivre à 45 minutes de bruit et de fureur avant de faire la connaissance de Gatsby. J'avais gardé en mémoire quelques scènes du film de 1974 avec Robert Redford et Mia Farrow et mon souvenir était celui d'un film empreint d'une grande nostalgie, d'une certaine mélancolie même, filmé sobrement. Je suis d'ailleurs allée visiter la demeure où le film avait été tourné à Newport, Rhode Island. Rien à voir avec le manoir du Gatsby de Baz Luhrman, dont l'extérieur est tout en images de synthèse, ce qui lui permet les plus grandes extravagances sans que ne s'imposent les limitations du réel. En 1974, il fallait faire avec la réalité. 40 ans plus tard, qui s'en soucie ?

Luhrman nous invite donc aux fêtes démesurées (dans tous les sens du terme) de J. Gatsby, un homme secret, que peu de gens ont déjà rencontré mais sur qui les rumeurs les plus folles vont bon train : d'où vient sa fortune ? a-t-il vraiment tué un homme un jour ? Chacun se fait son opinion avant de découvrir enfin l'énigmatique Gatsby, Leonardo dans toute sa splendeur. A côté de lui tous les autres font pâle figure, à commencer par Tobey Maguire qui n'a jamais eu un charisme foudroyant mais ça se voit encore plus ici. Carey Mulligan a le physique éthéré (fade ?) qui va au personnage, elle dégage cette vulnérabilité qui contraste avec le côté brut de décoffrage de Joël Edgerton, qui joue son mari, le seul dans ce film à tenir la distance face à Leo.

Les costumes sont d'une beauté à tomber, la musique est discutable vu que Jay Z (avec ou sans trait d'union) n'a jamais été ma tasse de thé et les décors sont, comment dire... irréels.

Baz Luhrman orchestre tout ça de main de maître et le film se laisse voir avec un certain plaisir et parfois même une grande émotion car le réalisateur australien n'a pas son pareil pour filmer l'émoi vertigineux d'un coup de foudre entre un homme et une femme, qu'il ait été écrit par Shakespeare ou par F. Scott Fitzgerald.
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lundi 10 juin 2013

Critique du film "W.E."

Genre: I am because WE are (note: **/****)


Réal. Madonna
Avec Andrea Riseborough, Abbie Cornish, Oscar Isaac, James d'Arcy, David Harbour, James Fox, etc.

Peut-être parce que je ne m'attendais pas à grand chose, j'avoue avoir été agréablement surprise par ce film. La réalisation est très maîtrisée mais pour autant parfois maladroite (trop de très gros plans volontairement mal cadrés qui finissent par donner le tournis). Le casting est parfait, avec mention spéciale à Andrea Riseborough qui est Wallis Simpson, certes particulièrement bien aidée par le maquillage, la coiffure et les costumes tout simplement sublimes.

Les deux histoires en parallèle, celle de Wallis et Edward en Europe dans les années 30 d'un côté, et celle de Wally Winthrop de nos jours à New York de l'autre, se fondent et se confondent presque. Il règne dans ce film une sorte de sérénité.

Que Madonna ait été fascinée par l'histoire d'amour de Wallis et Edward au point d'en faire un film n'est au fond pas très surprenant : la madone n'étant jamais la dernière pour mettre en avant un scandale (et c'en fut un à l'époque) et s'en réjouir. Elle ne s'attarde pas sur les rumeurs de pro-nazisme et autres aspects plus historiques de l'Histoire, se concentrant exclusivement sur cet Amour avec un grand A qui a fait vaciller un temps la couronne britannique.

On pourra noter au passage que, décidément, les Princes de Galles ont la fâcheuse habitude de faire beaucoup de vagues dans l'opinion et la monarchie avant de trouver enfin un équilibre de coeur : en 1936, Edward VIII, Prince de Galles avant d'être roi, a dû renoncer au trône pour pouvoir épouser celle qu'il aimait; en 1981, Charles Windsor, Prince de Galles lui aussi, a dû faire un mariage sans amour avant de pouvoir épouser celle qu'il aimait, Camilla, près de 25 ans plus tard.
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