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lundi 4 mai 2015

It's only a play...

Genre: Broadway comedy (note: ***/****)


Auteur : Terence McNally
Metteur en scène : Jack o'Brien
Avec Nathan Lane, Matthew Broderick, Stockard Channing, T.R. Knight, F. Murray Abraham, Katie Finnegan et Micah Stock
Bernard B. Jacobs Theatre - 242 West 45th Street - New York City

Je pensais qu'il avait été remplacé par Martin Short parce que Martin Short l'avait annoncé dans l'émission de Bill Maher il y a quelques mois. Alors j'avais abandonné l'idée d'y aller. Mais en me promenant à Broadway pendant les vacances de Pâques, je suis passée devant le théâtre où se jouait la pièce et à ma grande surprise c'était bien son nom à lui qui était sur l'affiche. Alors j'y suis allée, pour lui.

Il avait joué dans mon épisode préféré de Sex & the City (and one more time for the cheap seats in the back!). Les producteurs de The Good Wife ont également eu la bonne idée de lui donner un rôle secondaire mais clé dans quelques épisodes. Lui, c'est Nathan Lane et je l'adore.

D'ailleurs le directeur de casting de cette pièce n'a pas trop dû se fouler les neurones étant donné que quatre des sept comédiens ont joué à peu près à la même période dans The Good Wife : Nathan Lane, Stockard Channing, principalement connue pour Grease et pour son rôle de FLOTUS Abbey Bartlet dans The West Wing (qui a visiblement le même chirurgien esthétique que le Joker de Batman), T.R. Knight, vu dans Grey's Anatomy, et F. Murray Abraham aka Salieri dans le Amadeus de Milos Forman pour lequel il avait reçu l'Oscar du meilleur acteur.

L'action se passe un soir de première, juste après la représentation, au domicile de la productrice qui donne une petite fête en attendant le verdict de la critique du New York Times qui décidera à elle seule si la pièce vivra, ou pas. Alea jacta est...

C'est une vraie comédie, on rit beaucoup. Les acteurs sont très bien dans l'ensemble (mention spéciale à T.R. Knight en metteur en scène déjanté et Micah Stock en employé de maison aspirant comédien - version New Yorkaise du serveur Los Angelien), tous sauf... Matthew Broderick. Les cinq premières minutes après son entrée en scène j'ai cru qu'il avait un torticolis tellement il était coincé et avait du mal à se mouvoir avec ses 15 kilos en trop... Toute la pièce il a débité son texte sans nuance, sans jeu, du ton monocorde de l'élève de seconde qui a appris sa récitation sans enthousiasme, et sans y porter le moindre intérêt. Zéro.

Matthew Broderick et le prix du billet à l'orchestre (150$ la place !) furent les deux gros bémols de cette soirée. Mais j'ai vu Nathan Lane on Broadway, et ça...
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samedi 7 mars 2015

Critique de la pièce "La Mégère Apprivoisée"

Genre: (not) Atomic Shakespeare (note: */****)

La mégère est une pièce misogyne, on le savait. Mais dans sa direction d'acteurs Mélanie Leray hésite entre "50 nuances de Grey" version psychédélique et... on ne sait pas bien quoi.

La mise en scène n'est pas inintéressante : une caméra film certains personnages et projette en direct sur un grand écran dressé au fond de la scène. Les actes sont entrecoupés de passages chantés (en anglais) par la voix sublime de Ludmilla Dabo. Mais on alterne rythm'n'blues et vulgarité. Laetitia Dosch, qui incarne Catherine, a une voix nasillarde pénible au possible que la médiocrité de son jeu n'aide pas. Vincent Winterhalter (Petruccio) a pris un accent belgo-suisse assez surprenant et totalement inapproprié qui accentue encore la vulgarité de son personnage. Mais le pompon revient sans conteste à Jean-Benoît Ugeux. Dans le rôle de Grumio, on ne saurait dire si son accoutrement et son jeu hystérique et pétaradant sont un hommage à John Leguizamo dans "Romeo + Juliette" mais, hélas pour lui, n'est pas Baz Luhrman qui veut.

La transposition de l'action dans les années 60 aurait pu être une bonne idée mais de cette époque, Mélanie Leray ne semble avoir retenu que des couleurs criardes et une garde-robe sans élégance. Sa direction d'acteurs ne semble pas très maîtrisée : la moitié d'entre eux joue excessivement mal, l'autre moitié peine à trouver sa place, dans le jeu comme sur la scène. Tellement que j'en suis venue à me demander à quelques reprises s'ils n'improvisaient pas régulièrement. Seules les trois dernières minutes, déclamées par Catherine, sonnent juste. Il était temps mais il est trop tard.

Pour une version décalée, pleine d'humour et de grande qualité de cette mégère shakespearienne, je recommande plutôt de revoir l'épisode 7 de la troisième saison de la série "Clair de Lune" (Moonlighting en V.O.) avec Bruce Willis et Cybill Shepherd. Un petit bijou d'adaptation et d'interprétation.


Auteur : William Shakespeare (traduction française: Delphine Lemonnier-Texier)
Mise en scène : Mélanie Leray
Avec Laetitia Dosch, Vincent Winterhalter, Clara, Ponsot, Ludmilla Dabo, Jean-Benoît Ugeux, etc.
Théâtre de la Ville - 4 place du Châtelet - Paris 4e
(jusqu'au 20 mars 2015)
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samedi 24 janvier 2015

Critique de la pièce "L'Elixir d'Amour"

Genre: la tectonique des sentiments (note: **/****)

Adam et Louise se sont aimés cinq ans, jusqu'à ce qu'elle le quitte, lasse de ses infidélités au point de mettre un océan entre elle et lui. Il lui écrit, propose de rester amis. Elle refuse mais se laisse néanmoins attirer dans cette relation épistolaire qui semble l'agacer au début avant de se prendre au jeu.

J'y suis allée pour elle. J'ai toujours eu une certaine admiration pour Pietragalla, peut-être parce que nous avons des origines communes (la Corse), parce qu'elle fut une danseuse étoile magnifique que je suis allée admirer maintes fois, parce qu'elle a cette personnalité singulière, ce physique statuesque féminin/masculin où un corps de sylphide le dispute à un visage taillé à la serpe sous une chevelure de jais, cette voix grave.

Au début on la sent crispée. Son ton est juste mais elle dit son texte trop vite, sans y mettre l'émotion qu'elle devrait. Je me suis dit aïe... D'autant qu'à ma grande surprise, côté jardin, Eric-Emmanuel Schmitt acteur est très bien. Heureusement, le metteur en scène, Steve Suissa a eu la bonne idée de ponctuer la pièce d'extraits de l'opéra "Tristan et Iseult" de Wagner. Sur l'un des premiers morceaux, Pietragalla danse. Avec le haut du corps uniquement, mais elle incarne la musique et ce retour aux sources de sa passion lui permet de se détendre. A partir de ce moment, elle est très bien.

Qu'est-ce que l'amour ? Pourquoi aime-t-on ? Peut-on décider d'aimer ou de ne plus aimer ? Existe-t-il, comme dans Tristan et Iseult, un filtre d'amour ?  "Il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour" disait le poète Pierre Reverdy et les hommes et les femmes ont, selon Eric-Emmanuel Schmitt, des façons bien différentes de prouver leur amour. Déjà dans "La nuit de Valognes", il se penchait sur le sujet en faisant le procès de Don Juan. Un Don Juan à qui la naïve Angélique disait "Vous, vous ne m'aimez pas et vous ne pouvez vous forcer à m'aimer. Eh bien moi, c'est pareil : je vous aime et ne peux me forcer à vous désaimer". Ici, Louise sait qu'elle ne peut désaimer Adam, alors elle va s'éloigner pour lui manquer, pour mieux le manipuler, de loin.

Le texte est poétique, servi par une mise en scène simple mais qui réussit à faire surgir l'émotion, une émotion renforcée par une musique très finement utilisée.

Eric-Emmanuel Schmitt est bizarrement l'auteur dont j'ai vu le plus de pièces au théâtre, parfois avec beaucoup de plaisir (La nuit de Valognes, Variations énigmatiques, Ma vie avec Mozart, Le visiteur), parfois moins (La tectonique des sentiments). Cet Elixir d'amour, fait partie de la première catégorie. Une très jolie surprise.


Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Mise en scène : Steve Suissa
Avec Marie-Claude Pietragalla et Eric-Emmanuel Schmitt
Théâtre Rive Gauche - 6 rue de la Gaieté - Paris 14e
(jusqu'au 15 mars 2015)

vendredi 28 mars 2014

Critique de la pièce "L'aide-Mémoire"

Genre: à oublier (note: 0/****)

Elle débarque un beau matin comme ça chez lui en prétendant chercher un Monsieur Ferrand. Elle s'est trompée d'étage. Il l'éconduit mollement. Elle ne veut pas se laisser éconduire, elle s'asseoit, prend ses aises puis ses marques. Elle finit par s'installer et avec elle s'installe un joyeux bordel dans la vie de ce célibataire maniaque de l'ordre aux 134 conquêtes d'un soir, toutes répertoriées dans un catalogue, sorte d'aide-mémoire. Est-elle dans cet aide-mémoire ?

Dès l'ouverture du rideau, une chose frappe : la scène est encombrée par le décor. Trop de choses se disputent l'espace alors qu'il est clair qu'un homme au placard si bien rangé, si minimaliste, ne saurait vivre dans cette pièce étouffée de meubles et objets étalés sur trois niveaux. Se rajoute à ça que les acteurs ont à peine la place de circuler. Un canapé ou un lit posé devant un portant de costumes tous identiques aurait suffit.

Au fur et à mesure que la pièce se déroule, on se demande rapidement s'ils ont suffisamment répété : ils buttent (tous les deux) sur les mots, cherchent leurs phrases, leur place, semblent mal à l'aise avec leurs gestes, la mise en scène, les accessoires (le porte-manteau se renverse sur Pascal Greggory, clairement pas prévu). On pouvait espérer largement mieux de Ladislas Chollat, qui avait su chorégraphier si superbement "On ne badine pas avec l'amour" de Musset (Théâtre du Ranelagh - 2003) en s'affranchissant d'une mise en scène classique pour y mettre un grain de folie.

Mais tout ceci n'est pas grand-chose par rapport au vrai problème de la pièce : le casting. Sandrine Bonnaire est trop intello pour le rôle, pas assez légère, pas assez décalée, n'a pas le côté désinvolte du personnage et n'est pas crédible pour deux sous. Dans ce rôle il y avait eu jadis Jane Birkin (bon choix), il aurait fallu pour cette réédition une Vanessa Paradis. Face à elle Pascal Greggory a l'air de sortir du coma. Il est mou, trop effacé, trop tendre, trop efféminé pour un macho censé afficher 134 femmes d'un soir au compteur et zéro intention d'en laisser une seule poser ses bagages dans sa tanière, encore moins dans sa vie. L'alchimie entre eux est, de plus, inexistante. On pouvait s'attendre à mieux de deux acteurs aussi expérimentés. J'ai été d'autant plus déçue par Pascal Greggory qu'il avait participé de mon plus beau souvenir de théâtre : "Phèdre" mise en scène par Patrice Chéreau à l'Odéon aux Ateliers Berthier en 2002.

La pièce dure 2h. Je n'avais qu'une hâte : en finir, rentrer chez moi et oublier cette énorme déception.

Auteur: Jean-Claude Carrière
Mise en scène: Ladislas Chollat
Avec Sandrine Bonnaire et Pascal Greggory
Théâtre de l'Atelier - place Charles Dullin - Paris 18e
(jusqu'au 5 juillet 2014)

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vendredi 4 octobre 2013

The Guitrys

Genre: Rossignol de printemps (note: ****/****)


Pièce d'Eric-Emmanuel Schmitt
Mise en scène de Steve Suissa, décors et scénographie de Stéphanie Jarre
Avec Martin Lamotte, Claire Keim et Sylvain Katan
Au théâtre Rive Gauche

De leur rencontre en 1915 à leur séparation en 1932, Sacha Guitry et Yvonne Printemps formèrent un couple de légende à la scène comme à la ville. Leur talent et leur caractère en font un couple fascinant auquel la pièce rend un superbe hommage sous la plume visiblement conquise d'Eric-Emmanuel Schmitt.

Schmitt ne trahit pas Guitry et lui emprunte d'ailleurs ici et là, ses propres expressions. Il faut dire qu'il y a de quoi faire et que c'est souvent un vrai régal : "l'amour à deux, ça dure le temps de compter jusqu'à trois", "il y a des femmes dont l'infidélité est le seul lien qui les attache encore à leur mari", "être riche ce n'est pas avoir de l'argent, c'est en dépenser" etc. A en croire la pièce, Guitry avait trouvé en Yvonne Printemps une femme qui avait autant de répartie (et d'humour grinçant) que lui : "il vaut mieux, pour une femme, être jolie qu'intelligente parce qu'en ce qui concerne les hommes, il y a plus d'idiots que d'aveugles".

L'ambiance générale est légère tout en racontant sérieusement une histoire d'amour (de passion ?) aussi intense que destructrice.  La mise en scène est originale et très réussie. Martin Lamotte campe un Guitry plutôt sobre mais son expérience d'acteur de comédie lui permet de faire passer l'humour avec subtilité. La vraie belle surprise est Claire Keim.  Dans les passages chantés, elle révèle un beau brin de voix. Dans les échanges avec son partenaire, elle est d'un naturel bluffant, pétillante comme une bulle de champagne, mignonne tout plein, très à l'aise avec son personnage. En un mot : elle est formidable.

Bref, un pur moment de bonheur, qui dure 90 minutes. Ce n'est pas si souvent. Alors allez-y vite !
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vendredi 27 septembre 2013

La dame de la mer

Genre: naufrage (note: 0/****)


Pièce d'Henrik Ibsen, adaptation d'Eric-Emmanuel Schmitt
Mise en scène de Jean-Romain Vespérini
Avec Anne Brochet, Jacques Weber, Jean-Claude Durand, Ninon Brétécher, Chloé Chaudoye, Laurent Fernandez, Jean-François Lapalue et Antoine Quintard.

J'y allais pleine d'enthousiasme... Jacques Weber et Anne Brochet, quelle belle affiche. Pourtant, dès les premières minutes, ça ne le fait pas. Ils jouent faux. En fait, ils ne jouent pas, ils récitent et tout le problème est là.

Jacques Weber a bien 20 kilos de trop, il se déplace difficilement, sue beaucoup, s'essouffle à la moindre tirade de plus d'une phrase. Je me suis demandée tout au début si c'était fait exprès, si le rôle le commandait. Je ne crois pas. J'ai bien cru, pendant toute la pièce, qu'il allait finir comme Molière... Et quand il est venu saluer à la fin, il faisait une gueule de trois pans de long. Clairement il n'était pas dedans et peut-être que lui-même s'en est rendu compte, d'où sa tête au moment des bravos (discrets).

A sa décharge, il n'est pas très aidé par une mise en scène qui manque cruellement de créativité (à part bouger d'un côté à l'autre de la scène, il n'y a pas grand chose), ni par Anne Brochet. Elle délivre un jeu mécanique, butte sur les mots, semble chercher sa place sur scène maladroitement (de nouveau : que fait le metteur en scène ?). Ou peut-être est-ce l'adaptation d'Eric-Emmanuel Schmitt qui manque de fluidité.

Le fait est que les seconds rôles s'en sortent mieux, à commencer par Ninon Brétécher et Chloé Chaudoye qui jouent les filles de Jacques Weber, issues de son premier mariage, et dont la mère est morte. Chloé Chaudoye a un petit côté Audrey Tautou dans le phrasé qui n'est pas désabréable.

Dans l'ensemble ce fut une déception. J'ai bien cru que j'allais m'endormir à plusieurs reprises. Et même si le message est beau (ce n'est qu'une fois réellement libre que l'on peut choisir son destin), la pièce est décevante. Ils n'en sont qu'au début des représentations, peut-être que ça ira mieux une fois qu'ils seront tous bien rodés.
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jeudi 18 avril 2013

Critique de la pièce "Letter to Larry"

Between the devil and the deep blue sea...


Elle apparaît sur scène telle Odile le cygne noir, brindille maigrissime vêtue d'une robe-tutu long noire, juchée sur une table. Au bord du gouffre. Et dès la première phrase qu'elle dit, elle n'est plus Susie Lindeman, elle EST Vivien Leigh. Cette façon de parler si enfantine, traînant sur certaines syllabes, un souffle parfois, puis un rugissement. Les gestes sont parfaits aussi, le maquillage, ses grands yeux verts ourlés d'un noir de jais, de grandes et fines mains qu'elle agite avec élégance.

La scène se passe en 1960 : alors que Vivien Leigh joue au théâtre, elle reçoit une lettre de son mari, Sir Laurence Olivier (Larry pour les intimes), dont elle est séparée depuis un certain temps, qui lui demande le divorce. Il a refait sa vie avec une autre, qu'il veut épouser. Il veut mettre un terme à un couple mythique : Sir Laurence and Lady Olivier. Alors Vivian Mary Hartley voit sa vie défiler devant ses yeux et sous les nôtres ébahis, car ce divorce sera sa première mort.

La petite salle du théâtre de Nesle est parfaite pour ce huis-clos, ce one-woman monologue, ces mémoires d'outre-tombe. Quelques rangées de sièges noirs, pas plus, comme des bancs, pas très confortables, une scène minuscule figurant à la fois une loge de théâtre et une falaise au bord de l'océan à l'aide d'une simple table noire collée contre un mur aux pierres apparentes et rugueuses. Maintes fois Susie/Vivien grimpera sur la table, vertigineuse, se jettera contre les pierres, se drapera dans son tutu noir, dans sa folie. Les larmes coulent le long de ses joues, au fil de sa vie, faisant baver son mascara.

Une vie riche, pleine de bonheurs et un drame, berceau de tous les autres : Vivien est tuberculeuse. Cette maladie la rend folle, elle devient maniaco-dépressive, bipolaire, nymphomane, folle à lier (Blanche Dubois, c'était elle dans la vraie vie). On la soigne à coups d'électrochocs (rendus sur scène par un bruit effrayant). Pourtant elle avait été heureuse, jadis.

La mise en scène est créative, pleine d'originalité (les confettis dorés qui tombent du plafond) et sert à merveille un texte intense, sublime, porté par une actrice habitée. La scène où Vivien Leigh revoit Laurence Olivier pour la première fois après leur divorce, dans un restaurant, en présence de Joan Plowright sa nouvelle femme, est un crève-coeur. Pourtant il n'y a que Susie Lindeman sur scène, personne d'autre, mais dans ses yeux, tout est là.

Une incroyable performance, tout à fait à la hauteur de cette actrice sublime que fut Vivien Leigh.

"Letter to Larry" de Donald MacDonald (pièce en anglais)
Mise en scène de Wayne Harrison, avec Susie Lindeman
Théâtre de Nesle - 8 rue de Nesle - Paris 6 jusqu'au 20 avril 2013

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lundi 22 septembre 2008

Critique de la pièce "EQUUS"

Genre: boucherie chevaline (note: *** / ****)

Pièce de Peter Shaffer (adaptation française de Pol Quentin)
Mise en scène de Didier Long - Théâtre Marigny
Avec Bruno Wolkowitch, Christiane Cohendy, Didier Flamand, Delphine Rich, Julien Alluguette, etc.

Alan a 17 ans, il est fasciné par les chevaux et pourtant il vient de crever les yeux de six d'entre eux. Folie passagère ? Acte prémédité ? Un psychiatre, le Docteur Dysart, va tenter d'élucider ce mystère.

L'exercice ne s'annonçait pas aisé. A cause du sujet déjà, particulièrement dramatique, mais aussi à cause de l'écriture de certaines scènes dont une qui conduit le jeune Alan à se dévêtir complètement sur scène. On attendait aussi Bruno Wolkowitch au tournant, acteur de série télé qui avait déjà fait une tentative théâtrale assez peu convaincante dans "Mademoiselle Julie".

Ici, Wolkowitch s'impose d'entrée par sa voix, son regard, sa présence. Face à lui un jeune acteur au jeu intense et entier, une véritable révélation. Christiane Cohendy est égale à elle-même, parfaite. Celle qui fut la suivante de Phèdre dans la pièce éponyme mise en scène par Patrice Chéreau il y a quelques années à l'Odéon du temps où il "squattait" les Ateliers Berthier est une fois de plus très juste. On regrettera simplement qu'elle fasse un poil trop mature pour le rôle. Mais on peut adresser le même reproche au choix de Didier Flamand dans le rôle du père. Certes il est parfait mais un peu vieux pour être le père d'un gamin de 17 ans... Delphine Rich se sort également très bien de sa partition. Seul bémol, Astrid Berges-Frisbey qui bute sur les mots, nous sort une série de borborygmes et s'arrête net avant de reprendre sa tirade précédente au lieu de faire comme les autres : enchaîner comme si de rien n'était. On mettra cela sur le compte de sa jeunesse et de son inexpérience, les deux étant de plus (malheureusement pour elle) amplifiés par la maîtrise de son partenaire, Julien Alluguette.

Une histoire tragique, dont la génèse se trouve toujours dans l'enfance, cet âge batisseur où tout n'est qu'apprentissage, traumatisme, candeur. Un casting globalement impeccable, une mise en scène remarquable qui ne fait pas d'ombre au texte mais au contraire le met en valeur font de cet "Equus" un superbe moment de théâtre. A guetter aux prochains Molières...

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samedi 24 mai 2008

Critique Théâtre "Avec Deux Ailes"

Genre: Cloué au sol (note: * / ****)

De qui déjà...?
Avec Véronique Jannot et Marc Fayet
Au Petit Théâtre de Paris

Valentine débarque sur une plage en habit de gala. Elle vient d'avoir un accident de voiture, elle attend les secours. Sauf que les secours sont déjà là et elle plus vraiment de ce monde. Le monsieur tout en blanc qui tricote tranquillement sur son transat va d'ailleurs se charger de lui expliquer tout ça et le reste.

On l'aime bien Véronique Jannot. Depuis "Pause Café" on lui garde une petite place un peu à part dans notre amnésie collective adolescente. On aime sa voix douce, son sourire plein de tendresse, ses yeux rieurs et pétillants. On irait même jusqu'à dire que comme actrice elle n'est pas désagréable. C'est vrai. C'est vrai mais ça ne suffit pas à passer un bon moment de théâtre.

Face à elle, Marc Fayet gesticule beaucoup. Il a un faux air de l'acteur américain Eric Bogosian, le charisme en moins.

Ces deux-là vont donc nous tricoter une histoire de mort, d'au-delà, de religion, de croyance et de monde céleste sur fond de plage en carton pâte. Un bon gros gloubiboulga sucré sur le thème la vie c'est beau, après c'est mieux, surtout si on croit en Lui (qu'on l'appelle Dieu, Mahomet, Bouddha, etc.).

Bref, un moment certes emprunt d'une certaine douceur mais qui reste, au final, plutôt lourd à digérer.

Critique Théâtre "La Femme d'Avant"

Genre: Liaison très fatale (note: ** / ****)

De Roland Schimmelpfennig
Avec Didier Sandre, Afra Waldhör, Luce Mouchel,
Agathe Molière et Sébastien Accart
Au théâtre de l'Athénée Louis Jouvet

Didier Sandre au théâtre ? C'est simple je ne me pose même pas la question de savoir dans quoi, à quel prix, à quelle heure, à quel endroit : J'Y VAIS. Point barre. Et donc, nous voilà ma copine Virginie (autre grande fan de Didier S. devant l'Eternel) et moi-même dans la salle de l'Athénée.

On se doutait vaguement que cette Femme d'Avant ne serait pas une franche comédie. On ne se doutait pas, en revanche, que ce serait une tragédie à reléguer "Liaison Fatale" au rayon des contes pour enfants.

Le pitch tient en deux phrases : Frank, marié un enfant et très heureux comme ça, voit réapparaître dans sa vie Romy, amour de jeunesse et surtout d'un été à qui il avait innocemment promis l'amour éternel. Elle l'a pris au mot et vient réclamer son dû, au prix du sang.

Le décor est minimaliste, moderne et glacial, la pièce est chronologiquement déstructurée (on passe de maintenant à dans 20 minutes, puis on revient 25 minutes plus tôt, etc.), la musique claque à nos oreilles comme des coups de fouet. Les acteurs sont tous excellents, avec mention spéciale "espoir féminin" pour Agathe Molière, petite bulle de champagne au charme pétillant.

L'histoire se déroule avec quelques accrocs (Frank prend brusquement une décision en opposition totale avec ses positions précédentes et remettant en question tout le reste de sa vie sans que l'auteur n'argumente sa motivation), sans nous donner toutes les clés, en gardant jusqu'au bout son mystère avant de nous dévoiler le dénouement d'une manière aussi violente qu'inattendue.

Résultat: on sort de tout ça complètement sonnée et contente de retrouver l'air frais, mais en étant une fois de plus convaincue que Didier Sandre est décidément un excellent comédien.

mardi 13 mai 2008

Critique du spectacle "Poeta en Nueva York"

Chorégraphie et mise en scène: Blanca Li (note: *** / ****)

Théâtre National de Chaillot - Paris

C'était ma première fois à un spectacle de Blanca Li et franchement ce fut un choc. Elle met en scène la pluriculturalité qui émane de New York, la ville qui ne dort jamais, sur des textes de Garcia Lorca. Les tableaux se succèdent, tous différents. Le plus spectaculaire étant celui où s'alignent 8 ou 9 garçons au corps de Dieux grecs, seulement vêtus d'un caleçon blanc et d'un rideau de pluie (oui, il pleut sur scène !). Ils font des mouvements amples avec leurs bras, on dirait des anges. Ils glissent d'un côté à l'autre de la scène, éclaboussent, lèvent la tête pour offrir leur visage à l'eau. Magique, tout simplement magique.

Blanca Li alterne les tableaux poétiques, vulgaires, violents, désabusés. New York dans toute sa splendeur, dans toute sa laideur. On s'y croirait.

La musique envoûte, les deux voix principales (un homme, une femme) sont exceptionnelles.

Bref, c'est superbe. Vraiment.

jeudi 24 avril 2008

Critique théâtre "L'Abribus"

Pièce de Philippe Elno (note: **** / ****)
Avec Florence Foresti et Philippe Elno
Théâtre de la Gaité Montparnasse - Paris

Isa, star du showbiz qui marche à la Duracell, tombe en panne de GPS en rase campagne. En cherchant son chemin, elle tombe sur un apiculteur bien tranquille. Choc de deux mondes : d'un côté une citadine impatiente et hyperactive, de l'autre un homme de la nature patient et posé.

Grande fan de Miss Foresti devant l'Eternel, me voilà dans la salle, digérant à peine le prix du billet (41 euros en deuxième catégorie, quand même...) et me demandant ce que la Foresti peut bien donner dans une pièce et non un one-woman-show.

Mais dès les premières minutes, ça fonctionne et on le comprend sitôt la dame entrée en scène. Elle est pétillante, montée sur ressorts, elle joue très bien la fille impatiente, hyperstressée, blackberrysée, même quand elle ne dit rien. On retrouve instantanément la Florence Foresti qu'on connaît et qu'on aime. Du coup on se dit qu'elle va vite éclipser son partenaire, Philippe Elno inconnu au bataillon en ce qui me concerne, qui a écrit la pièce exprès pour elle. Mais pas du tout, bien au contraire : la force tranquille du monsieur s'ajuste parfaitement au dynamisme bouillonnant de la dame.

L'histoire est crédible, bien écrite, pas simplement un prétexte un peu bidon à quelques belles phrases ou mots d'humour. IL Y A une histoire, avec rebondissements et hasards qui n'en sont pas, et on suit tout ça avec beaucoup de plaisir. On reconnaît les mimiques, les changements de ton, les minauderies adorables de Foresti et on rit de bon coeur. L'alchimie entre les deux comédiens fonctionne à merveille. La mise en scène est dynamique et futée.

Bref, on ressort en ayant passé une excellente soirée et en se disant que finalement, ça les valait largement les 41 euros.

lundi 10 mars 2008

Critique théâtre "La Tectonique des Sentiments"

Pièce de Eric-Emmanuel Schmitt (note: * / ****)
Mise en scène de l'auteur
Avec Clémentine Célarié, Tcheky Karyo, Annick Alane, Marie Vincent et Sara Giraudeau
Théâtre Marigny - Paris

Je n'aurais jamais cru dire un jour autre chose que du bien d'une pièce de EE Schmitt... Et me voilà, au sortir de "La Tectonique des Sentiments". Moi qui avais adoré "Variations Enigmatiques", "Ma Vie avec Mozart" ou encore "La Nuit de Valognes", de vrais petits bijoux, je me trouve perplexe, voire carrément déçue.

L'écriture n'est certes pas au niveau que l'on attendrait d'un auteur de cette trempe mais on peut quand même trouver par-ci par-là quelques répliques qui font mouche, quelques jolies phrases qui pourraient enrichir un dictionnaire des citations au service d'une histoire certes un poil capilotractée mais pourquoi pas (en amour tout est possible, surtout l'impossible). Donc pour l'écriture on va dire que c'est moyen plus.

Là où ça pêche sérieux, grave même, c'est du côté de l'interprétation et particulièrement celle de Tcheky Karyo qui récite d'un bout à l'autre. Une horreur. Pas une once de naturel, pas un gramme d'émotion, pas une tranche de vie. Rien. Face à lui, Clémentine Célarié sort les rames en fonte et fait ce qu'elle peut mais ça ne suffit pas. Seules Annick Alane et Marie Vincent (excellente) s'en tirent avec les honneurs.

Mais ça ne justifie pas le prix (très élevé) du billet.